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Lutter contre la normalisation de l’habitat, le circuit immobilier spéculatif ; promouvoir la solidarité, la convivialité, la mutualisation des services et des équipements ; s’engager sur de réelles options écologiques, être acteur et bâtisseur de son cadre de vivre, tels sont les choix opérés par les occupants de l’habitat participatif Mélo pour répondre aux enjeux environnementaux et sociétaux d’aujourd’hui.
A l’occasion d’une rencontre avec des habitants et des curieux (*) de ce bâtiment insolite qui semble toujours en chantier, est retracée cette aventure singulière, de la naissance du projet à Lyon à sa réalisation dans le quartier Latour-Maubourg à Valence.
Auteure : Chrystele Burgard
Q+E

Ces quatre valeurs sont :
« Maison » comme lieu de convivialité et de partage à taille humaine dans laquelle chacun s’engage à jouer un rôle pour la réussite du projet et dans le respect du bien commun.
. « Ecologie » : un habitat engagé à minimiser son impact sur l’environnement : mutualisation des équipements et des espaces, jardin partagé avec un potager, limitation de la voiture au profit des modes doux.
. « Lien » : encourager la mixité sociale, culturelle et générationnelle, avec une vie à l’échelle de l’ensemble du bâtiment permettant des échanges, une solidarité entre les foyers.
. « Ouverture » : vocation à s’insérer dans la vie du quartier et le tissu associatif, création d’une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), événements culturels réguliers, mise à disposition des espaces à des association, jardin partagé.
Mélo renvoie aussi à mélomane : faire vivre le projet en musique.
Marlène – Ces Valeurs ont été écrites il y a 10 ans par trois familles. Au départ, on a commencé à réfléchir sur les valeurs, sur le type d’habitat, sur la manière d’habiter ; et parallèlement on a cherché un endroit à Lyon pendant cinq ans. Tout d’abord dans le quartier de La Confluence, car la mairie avait ouvert un terrain et lancer un appel d’offre pour créer un habitat participatif. Notre candidature n’a pas été retenue, le projet a été confié à Bouygues. Puis toujours à Lyon, on a visité des terrains, des maisons à rénover, demandé des esquisses à des architectes mais sans succès ; et ensuite il y a eu le COVID et le télétravail.
Marlène – Par des annonces, on a repéré la vente de ce bâtiment, une ancienne usine textile sur deux étages, bien située proche de la gare, très facile à isoler, avec un bout de jardin, une grande façade sud donnant sur le jardin, sans contrainte des Bâtiments de France. Malgré quelques difficultés, on a pu l’acquérir.
PHOTOS 3, 4 – Bâtiment côté rue / Côté jardin en cours d’aménagement © Mélo
Arnaud – On a créé une SCIA (société civile immobilière d’attribution), au moment où l’on était en train d’acheter le bâtiment. La promesse d’achat a été signée avec les quatre foyers engagés à l’époque avec une clause de transfert de substitution à la SCIA qu’on avait créée ; c’est elle qui a acquis le bâtiment. Une SCIA permet d’avoir des parts en fonction de la surface de l’appartement acheté. Aucun de nous avait des connaissances juridiques ; on s’est informé et on a rencontré des personnes qui avaient déjà fait ce type de montage ; leurs statuts nous ont inspirés.
Anne-Claire – Un notaire nous a également conseillé sur le choix de la structure qui dépendait de notre projet. Parmi les personnes engagées dans le groupe de départ, certaines ne pouvaient pas habiter à Valence mais voulaient continuer à soutenir le projet. Il fallait donc que la structure juridique permette que soit possible la location sans que la structure commune paye d’impôts (c’est le foyer bailleur qui en paye).
La question des sorties/entrées au moment de la vente ou de la location d’un appartement était importante afin de « contrôler » les nouveaux acquéreurs et locataires. Cependant la plupart des banques ne peuvent pas prêter à une SCIA, seul le Crédit Mutuel a accepté.
Anne-Marie – Nous, nous sommes les derniers rentrés après avoir acheté notre appartement à une personne qui vendait. Avant l’achat, il y a eu tout d’abord un processus d’intégration sur quatre mois car le choix se fait par le groupe et non par le vendeur. Au cours de réunions et de week-ends, sont présentés les valeurs et le projet, et est évaluée la capacité d’intégration. Puis on a été sélectionné parmi quatre foyers intéressés.
PHOTOS 5, 6 – Réunion du groupe / Habitants de Mélo pendant les travaux © Mélo


Anne-Claire – Le programme a été élaboré sur la base des valeurs : bâtiment passif, définition des communs (salle commune, atelier, …), appartement traversant, orientation du bâtiment. Chaque foyer a déterminé une surface « souple » et un nombre de pièces. L’architecte, qui habitait dans ce type de logement, a fait la synthèse des souhaits.
La structure « Chez moi demain » nous a aidés à trouver des architectes pour de petites missions d’évaluation du potentiel de différents terrains ou bâtiments dans la phase de recherche d’un lieu, puis à sélectionner un architecte et des bureaux d’études une fois le lieu trouvé, et était présent à nos côtés durant les premières phases d’études.
Anne-Claire – On avait une équipe de maîtrise d’œuvre complète (architecte et bureaux d’études structure et fluides) car c’est une réhabilitation lourde bien qu’il y ait moins de 1000 m2. On n’a gardé que les murs de l’existant. Et sur la partie AMO, deux personnes dans notre groupe ont des compétences internes en bureau d’études bâtiment, moi sur les fluides, et Fanny en maîtrise d’ouvrage bâtiment. Assez rapidement on s’est aperçu qu’on pouvait se passer de la fonction d’AMO.
PHOTOS 7, 8 – Projet d’extension / Projet vue du jardin © Mélo


Anne-Marie – Nous par exemple vu notre âge, on voulait absolument un rez-de-chaussée, un logement petit de plein pied dans un bâtiment passif. Ce projet correspondait à nos valeurs et à notre idée de l’habitat. Le processus d’intégration est vraiment important car il permet de voir si le projet initial et son propre projet correspondent.
Pierre-Olivier – Nous, on est deux dans le studio au-dessus. Au départ, on souhaitait plutôt le T3 au RCH et parallèlement on rêvait de tiny house ou de yourte. On a fait coup double en privilégiant un petit logement financièrement intéressant dans un habitat participatif. Pour des questions financières, notre voisine a décidé de réduire son espace, ce qui a permis d’augmenter le nôtre. On est passé de 25 m2 à 31, et avec l’aide de l’architecte on a aménagé le studio en intégrant deux bureaux dont un dans le couloir, en optimisant l’organisation de la salle de bains, de la cuisine, des rangements. Avoir un studio dans un habitat participatif, c’est différent car on peut bénéficier d’autres espaces comme celui de la chambre d’amis commune ou des autres appartements quand les propriétaires ne sont pas là.
PHOTOS 9, 10 –Appartement RCH / Studio © R C


Le cout total de l’opération est de 3800 € TTC par m². Les communs ont été financés au prorata des surfaces des appartements : le coût du m² de logement était en conséquence un peu plus élevé, environ 4250€/m², pour les financer
La répartition est la suivante :
– Foncier+ bâti ancien et notaire : 900.000 €
– Maitrise d’œuvre, études, assurances : 300.000 €
– Travaux : 2.000.000 € dont 90.000 € en auto-construction
Pour les travaux de finition des appartements (carrelage, peinture…), certains ont fait le choix de faire appel à des entreprises, certains ont réalisé eux-mêmes des travaux et d’autres ont mixé en réalisant en partie et en faisant intervenir des entreprises retenues par le groupe.
PHOTOS – 11, 12 – Panneaux solaires sur la toiture / Auto-construction dans un appartement © Mélo


Anne-Marie – On essaie de se retrouver un week-end par mois, lors duquel on fait une réunion pour définir les priorités, et entre les deux on a une réunion par mois un mardi soir. Les principales activités sont les travaux : création d’une noue, terrasses et balustrades, carrelage, enduits, peinture de la salle commune. Il y a aussi les soirées jeux le jeudi soir, les répétitions des musiciens qui habitent ici, les spectacles qui sont ouverts aux amis, aux personnes du quartier… On participe aussi aux journées nationales de l’habitat participatif en septembre, à la fête des voisins.
Anne-Claire – J’apprécie beaucoup les moments de convivialité entre nous : tous les week-ends de façon informelle, on se retrouve souvent à partager des repas ; il y a beaucoup de solidarité, notamment pour la garde partagée des enfants. On ne compte pas les services entre nous.
– Mélo – Le facteur humain est primordial d’où l’importance de choisir les personnes qui y habitent. On le voit dans plusieurs habitats collectifs qui peuvent traverser des épreuves. D’où la nécessité d’être attentif à l’autre, à se former sur la communication non-violente comme on a pu le faire pendant deux jours. Et on réfléchit à l’intégration des locataires et à de nouveaux propriétaires qui doivent avant tout adhérer à notre charte.
Anne-Claire – Moi je vois le facteur humain comme la force du lieu. Dans les limites, je note plutôt le temps long et l’énergie demandée pour accompagner le projet ; également le prix : on a eu aucune aide de la ville alors qu’il y a des endroits où il y a des aides pour le foncier, comme à Saint-Etienne où la ville a demandé au bout de 10 ans le paiement du terrain leur appartenant pour le projet d’habitat participatif de notre architecte. On n’a pas payer de promoteur et le gain de l’autopromotion et de l’auto-construction a été mis dans la qualité des matériaux, dans le choix d’un bâtiment passif et d’espaces communs. On sort à des prix similaires au marché, ce qui fait que la mixité sociale n’a pas vraiment pu être atteinte alors que certains habitats participatifs se construisent avec des bailleurs sociaux mais il faut répondre à leurs critères.


