2-Visuel de couverture (format paysage)

Soucieuse d’accompagner la transition écologique de la culture, l’association nationale des professionnel·le·s de la médiation en art contemporain BLA! a publié une brochure imprimée et en ligne Pour une éco-conception de la médiation. Créée en 2017, BLA ! met en réseau les professionnel·le·s et les structures de l’art contemporain tout en s’attachant à la formation et à la réflexion sur les métiers de la médiation. Ce document a été co-écrit par les membres du groupe de travail “Médiation et écologie”, dont fait partie Emma Margiotta ; actuellement chargée de médiation du Centre d’art Madeleine Lambert à Vénissieux, elle évoque dans cet entretien son parcours, les expériences et les réflexions qui l’ont conduite à s’engager dans cette démarche.

Auteure : Q+E

Entretien avec
Emma Margiotta
(décembre 2025)

QUI+EST – Pour quelles raisons vous êtes-vous impliquée dans le groupe de travail « médiation et écologie » ?

Emma Margiotta – Avant mes premières participations à ce groupe de travail, je me questionnais déjà sur ces aspects mais sans avoir eu l’occasion de les formuler et de les partager avec d’autres professionnel.le.s de la médiation. Par exemple, je me demandais : « chaque élève doit-il repartir avec sa production après un atelier de pratique artistique qui se déroule à l’issue d’une visite d’exposition ? ». Par ailleurs, le fait de réaliser des ateliers en extérieur comme dans le cadre de l’édition 2024 d’Archipel, un parcours d’art visuel et sonore en Thouarsais, porté par le Centre d’art contemporain La Chapelle Jeanne d’Arc, m’avait déjà amené à penser autrement mes activités. D’une part, je ne pouvais par exemple pas proposer des actions nécessitant un accès à l’eau. D’autre part, les propositions des artistes invité.e.s interrogeaient notre rapport au vivant et l’environnement dans lequel leurs œuvres s’inséraient. Ces dernières se composaient parfois de matériaux naturels. Je pense notamment à l’installation d’Eugénie Chat ? Danser en faucille – Des acanthes au bournais, fruit d’une résidence de deux mois au Domaine de Fleury et qui a été visible dans ce même lieu du 13 juillet au 18 août 2024. J’ai opté pour un atelier de tissage végétal en fournissant aux participants et aux participantes un cadre en bois et du fil afin de créer un support sur lequel insérer des végétaux. Ces derniers ont été récoltés sur place. Les personnes présentes pouvaient repartir avec leur production afin de la faire sécher ou alors, restituer les fleurs et les feuilles à la nature et ne repartir qu’avec le support afin de renouveler l’expérience ultérieurement. L’objectif n’était pas tant le résultat final que le processus créatif et le questionnement sur le caractère éphémère d’une production artistique à partir de composants périssables (ill. 1, 2).
LIEN 1 : Eugénie Chat (@eugenie.chat),??

Installation d’Eugénie Chat à Thouars et atelier
Installation d’Eugénie Chat à Thouars et atelier

Q+E – Comment s’est organisé ce travail collectif ?

EM – L’un des points de départ de ce travail collectif a été la SummerSchool de BLA! intitulée « Vers l’éco-conception des projets de la médiation » (LIEN 2) qui a eu lieu en juillet 2024 à Mulhouse et à Altkirch en partenariat avec la Kunsthalle, le CRAC Alsace et le réseau Plan d’Est (ill. 3). Dans la foulée, un groupe de travail nommé « Écologie et médiation » s’est constitué afin de regrouper, parmi les membres de BLA!, les personnes souhaitant réfléchir sur ces problématiques. J’ai pour ma part rejoint ce groupe en septembre 2024 en tant que chargée des publics du Centre d’art contemporain La Chapelle Jeanne d’Arc – structure adhérente de BLA! – avant de poursuivre mon engagement en tant qu’adhérente personne physique à partir de janvier 2026. Nous nous sommes régulièrement retrouvés en visioconférence pendant deux ans. Nous avons par exemple discuté des aspects suivants : « Comment gérez-vous la durabilité des actions de médiation et des outils de travail ? Quels sont les engagements responsables mentionnés dans vos conventions avec les partenaires ? Comment gérer la mutualisation des ressources et des outils de travail en médiation à l’échelle locale, régionale et nationale ? (*)​» Lucine Charon, précédente coordinatrice générale de BLA! puis Marie Dernoncourt qui lui succède depuis juillet 2025, nous ont accompagné dans la rédaction de ces textes.
Travail collectif à la SummerSchool de BLA!, 2024 © E. Margiotta

Q+E – Quel est le contenu de cette brochure ?

EM – Cette brochure (LIEN 3) se découpe en cinq parties auxquelles s’ajoutent une liste de ressources, non exhaustive, qui ont nourri nos échanges et accompagné nos réflexions. Notre souhait premier est d’outiller les professionnel.le.s de la médiation de manière bienveillante et non punitive. Ce document émane de personnes directement concernées par ces enjeux et qui ont pleinement conscience des contraintes de moyens humains et financiers qui pèsent sur leurs services. Si certaines parties ont rapidement été évidentes comme « Évaluer et préserver l’existant » et « Concevoir des supports réutilisables ou mutualisables », la cinquième s’est quant à elle révélée à nous dans les derniers mois de nos échanges. Cette dernière partie constitue la singularité de cette brochure car elle dépasse des questionnements quantifiables comme ceux liées au déplacement des publics ou au poids des déchets généré, entre autres, par les ateliers de médiation. Intitulée « Contribuer à la fabrique de nouveaux récits », elle invite à entreprendre un travail sur la durée en s’appuyant notamment sur des ressources locales telles que des associations œuvrant à la préservation de la biodiversité et au recyclage des matériaux. Ainsi, cette partie préconise d’augmenter le temps alloué aux professionnel.le.s de la médiation pour créer des projets afin qu’ils et elles puissent associer les publics à leurs réflexions en matière d’éco-conception et inviter les artistes à partager la manière dont les enjeux environnementaux impactent et transforment leurs pratiques (ill. 4).

4 : Brochure Pour une éco-conception de la médiation

Une autre force de ce document est de regrouper des paroles de professionnel.le.s de la médiation sous la forme d’entretiens dont les membres du groupe de travail ont collectivement choisi les personnes invitées et élaborés les questions. L’idée est notamment de rendre tangibles les préconisations que nous listons. Par exemple, à la question « Quelles initiatives concrètes avez-vous mises en œuvre dans vos projets pour répondre aux enjeux de la redirection écologique ? », Krystel Lavaur, responsable adjointe du service des publics du Frac Bretagne à Rennes indique notamment « Nous avons aussi créé une buvette mobile au sein du service des publics pour proposer eau en carafe et vaisselle lavable. Nous offrons ainsi des temps de convivialité à nos partenaires, aux personnes en formation et aux publics en groupe (*)​. » Une autre interrogation porte sur les principales difficultés ou résistances rencontrées. Elles viendront probablement rencontrer celles des lecteurs et lectrices de cette brochure qui pourront éventuellement se mettre en contact – dans une dynamique de réseau – afin de partager les solutions qu’ils et elles ont pu mette en place. De plus, les personnes interrogées sont invitées à formuler des conseils à destination de professionnel.le.s de structure culturelle qui souhaiteraient se lancer dans une démarche écologique mais ne sauraient pas par où commencer. L’enjeu est, entre autres, de déculpabiliser et d’accompagner en rappelant, comme le font Claire Der Hovannessian, responsable de projets et co-fondatrice, et Anne Marchis Mouren, médiatrice culturelle et directrice du BIM Bureau Indépendant de Médiation culturelle que : « L’écologie n’est pas forcément une révolution immédiate, mais un déplacement progressif du regard et des priorités. Interrogez les gestes du quotidien, questionnez le rapport au temps, aux ressources, aux relations. Identifiez un ou deux leviers simples et concrets : mutualiser du matériel, revoir l’organisation du travail, repenser un atelier, et faites-en un terrain d’expérimentation (*)​​. »

Q+E – Quelle est la forme de cette brochure et comment a-t-elle été partagée depuis sa publication ?

EM – Cette brochure, publiée en décembre 2025, a reçu le soutien de la Direction générale de la création artistique du ministère de la Culture. Elle est téléchargeable sur le site internet de BLA! et a également été imprimée en risographie par Quintal Atelier. Ce document ne comporte aucune page blanche afin que sa forme soit en adéquation avec son contenu. Sa parution a fait l’objet d’un lancement le 29 janvier 2026 au Centre d’art contemporain de Malakoff. Pour l’occasion, nous avons invité la cinéaste, curatrice et théoricienne de l’art Kantuta Quirós à dialoguer avec nous (ill.5). Deux aspects de sa présentation ont particulièrement retenu mon attention. Le premier questionne nos interventions auprès des publics par le prisme de la notion du « soin » que nos interventions pourraient apporter. Le second entend accorder une place à la corporalité de la voix des professionnel.le.s de la médiation.
Par ailleurs, certains membres du groupe de travail ont eu l’occasion de présenter cette publication le 25 février dernier lors d’un Blapéro, un rendez-vous en ligne, ouvert à l’ensemble des professionnel.le.s, membres de BLA! mais pas uniquement. Partager largement ce document, auprès également des publics de nos structures « afin de les associer à nos réflexions et de les sensibiliser à nos engagements et nos actions » (*)​, est d’ailleurs un nos axes.
Lancement de la brochure en présence de Kantuta Quirós.

Q+E – Qu’est-ce que cela vous a apporté dans votre propre expérience professionnelle ?

EM – J’ai apprécié d’échanger avec des professionnel.le.s qui partagent mes questionnements et auprès desquel.le.s j’ai pu me former. En effet, le partage d’expérience entre pairs a été pour moi une étape importante dans ma prise de conscience de l’impact environnemental de mes actions de médiation et des leviers possibles pour les repenser. Une autre étape a été l’apport extérieur de Thierry Leonardi, consultant en responsabilité sociétale pour les industries culturelles, qui a animé un atelier sur la responsabilité RSE (*)​​. Lors de cette journée organisée le 17 mars 2025 au Lavoir Numérique à Gentilly, nous avons desserré la focale en appréhendant des documents comme le Référentiel du label RSE Lucie 26000. L’objectif était d’identifier des aspects également valables dans notre secteur d’activité. Parmi les items, nous avons trouvé « Déployer une démarche structurée de protection de l’environnement » – aspect déjà au cœur de nos échanges -, mais aussi « Développer des relations et conditions de travail responsables ». Un de ses sous-thèmes « Contribuer à la création d’emplois pérennes » a donné lieu à des discussions et se retrouve dans notre brochure : « Nous affirmons que préserver les postes, les équipes et les compétences en médiation culturelle est une condition essentielle à toute démarche sincère et durable de transition (*)​. »
6 : Atelier avec Thierry Leonardi, consultant et formateur RSE.
Actuellement chargée de médiation du Centre d’art Madeleine Lambert à Vénissieux, je travaille notamment à la constitution d’une bibliothèque d’activités à remobiliser d’une exposition à une autre. Les enjeux sont multiples : valoriser le temps nécessaire à l’élaboration d’un atelier en le pérennisant, mais aussi constituer des archives des actions menées afin de les réutiliser au moment opportun.

Q+E – Quelles sont les perspectives à venir…

EM – Cette brochure est selon moi un premier jalon proposant un état des lieux de nos réflexions. Je souhaite que ce groupe de travail puisse se poursuivre et espère que ce document puisse se nourrir des retours des professionnel.le.s, des artistes et des publics à qui il aura été présenté.
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