Jusqu’en 1983, l’histoire de la bibliothèque et du musée de Valence sont étroitement liée, occupant les mêmes locaux, dirigés par la même commission et gérés par les mêmes personnels.

Auteure
Hélène Moulin-Stanislas

La bibliothèque/musée du XIXe siècle

C’est une délibération du conseil municipal du 24 mars 1833 qui décide d’installer la bibliothèque et le musée, dans les locaux de l’ancien petit séminaire où se terminent déjà les travaux du collège qui va y ouvrir ; ce qui est aujourd’hui le quadrilatère occupé par la Comédie de Valence au sud et au nord par divers services de la ville de Valence en cours de déménagement.

Une réunion de la commission pour la création « officielle » de la bibliothèque et du musée a lieu le 29 juin 1834

(*)sous la présidence du maire Calixte Bonnet, avec MM Bérenger membre de la Chambre des députés et conseiller à la Cour de Cassation, Marc-Aurel adjoint, Louis Marie Bonnet juge de paix, Jules Olivier juge au tribunal de Valence, et Ferdinand Johanys bibliothécaire. Le maire y présente « un résumé des travaux qui avaient été préparés ou exécutés pour former l’établissement ». M. Bérenger en refuse la présidence mais promet de nouvelles démarches pour augmenter le fonds de la bibliothèque… On demande aussi aux citoyens de faire des dons en prévenant que les lieux n’ouvriront que vers le mois de septembre et que « d’ici là des rayons seront disposés pour recevoir les objets donnés : un registre sera également ouvert pour les enregistrer avec les noms des donateurs. ». Les enrichissements de la bibliothèque, tout au long du siècle, se feront essentiellement par des « dons » de l’Etat et de particuliers et, à la marge, par quelques acquisitions faites avec un budget pour le moins minime. Ainsi peut-on noter dans la séance du 4 septembre 1834, la réception de la reliure « du grand ouvrage sur l’Egypte ».

Le fonds de la bibliothèque trouve son origine dans la réunion des ouvrages des deux bibliothèques de l’Université (fondée en 1452), et de l’abbaye de Saint-Ruf (implantée au XIIe siècle) à la fin du XVIIIe siècle, auxquels se sont ajoutés les confiscations révolutionnaires, les saisies après la séparation des églises et de l’Etat en 1905, les dons du gouvernement et de particuliers, enfin des échanges et des achats.

Pendant tout le XIXe siècle et le début du XXe siècle, bibliothèque et musée sont donc dirigés par une commission qui prend toutes les décisions, et gérés par un « bibliothécaire/conservateur » qui ne fait que les exécuter. Le règlement de la première commission, du 15 novembre 1836, la précise : 6 membres nommés par le conseil municipal ; renouvèlement par tiers tous les deux ans ; réunion 4 fois par an en janvier, avril, juillet et octobre. Le conservateur en est le secrétaire. Un nouveau règlement du 15 novembre 1847 (ill. 1) la modifie : 9 membres nommés par le conseil municipal ; réunion le premier dimanche de chaque mois assistée du conservateur ; secrétaire choisi parmi ses membres. Définie comme une commission administrative, elle intervient de fait dans tous les domaines : acquisitions, demandes de dépôts, vérification des comptes…

1 – Règlement de la bibliothèque et du musée en 1847 (AMV 3R non coté)

Jusqu’en 1937, les bibliothécaires/conservateurs sont sélectionnés et recrutés parmi les érudits locaux, de naissance ou d’adoption. Choisis pour leur supposée culture générale et peu rémunérés, ce sont la plupart du temps des retraités d’autres professions qui n’ont aucune formation professionnelle et s’occupent en priorité de la bibliothèque. Ainsi se succèdent entre 1833 et 1904 Pierre Johanys (1833-1872) remplacé « en raison de son Age avancé » par Achille Roberti (1872-1877) ancien professeur d’histoire ; M. Biosse-Duplan (1877-1879) ; M. Tassis (1879-1886) ancien membre de l’université dont l’inspecteur Henry Houssaye condamne l’inculture et l’incompétence ; M. Holstaine (1886-1889), Adolphe Rochas (1889) qui nommé à l’âge de 73 ans meurt la même année ; François Chirol (1889-1904) professeur à la retraite nommé à 72 ans.

Mais l’ouverture prévue en septembre 1834 est plusieurs fois retardée en raison du retard pris par les travaux et les lieux n’ouvriront qu’en 1835 (*). Bibliothèque et musée sont donc installés dans la partie nord de l’ancien petit séminaire, ouvrant sur la place de la citadelle (face à l’actuelle entrée de la préfecture mais à l’époque face à la citadelle).
Les deux équipements (ill. 2) vont vivre de longues années dans des locaux qui deviennent rapidement vétustes, dans un quartier proche des casernes à la réputation douteuse et comptant de nombreuses prostituées(*). Plusieurs rapports de la commission et des conservateurs, à partir du milieu du siècle et au fur et à mesure de l’augmentation des collections, pointeront en effet régulièrement l’inadaptation des lieux. Ainsi, en même temps que la Ville réfléchit à la construction d’un théâtre et d’une halle, à la reconstruction de l’hôtel de ville, on songe à leur adjoindre musée et bibliothèque dans divers projets.
2 – Façade sur la place dans les années 1900 (actuellement place Louis Le Cardonnel), (Coll. musée de Valence).

La bibliothèque/musée du XXe siècle et ses mutations jusqu’à leur séparation

En 1904, le legs par l’ancien maire de Valence Joseph Belat de ses collections au musée et à la bibliothèque va poser de manière cruciale la question d’un autre lieu. Les locaux devenus trop étroits, vétustes, voire insalubres, empêchent tout développement, ainsi que l’exprime M. Giraud dans un rapport de la commission du musée du 24 mars 1905 devant le Conseil municipal : « cette défectuosité du local ne permet pas de mettre en évidence les chefs-d’œuvre que renferme notre musée, et son exigüité empêche notre conservateur de solliciter, soit du ministre des beaux-arts, soit d’artistes de valeur l’envoi de nouvelles œuvres qui viendraient enrichir notre galerie. Cette situation lamentable que je viens d’exposer a été constatée maintes fois par les délégués du ministère de l’instruction publique et des beaux-arts qui ont signalé avec insistance la nécessité et l’urgence d’un remaniement complet… ».

L’arrivée du nouveau conservateur Adrien Didier (1838 1924), artiste graveur nommé en juin 1904 à l’âge de 65 ans qui restera conservateur jusqu’en 1922 et ses 84 ans, fait un peu avancer le projet. Il établit dès le 30 mai 1906 un nouveau rapport alarmant sur l’état du musée et de la bibliothèque qui en souligne leur délabrement, insistant sur la nécessité de les installer dans un nouveau lieu : le bâtiment situé près des casernes et de la citadelle, dans un quartier mal famé où les prostituées sont nombreuses, à la pierre devenue poreuse où l’humidité suinte sur les murs, forme des gouttières au plafond dont le plâtre ne cesse de se détacher ainsi que des flaques au sol, et dont l’éclairage au gaz fait constamment courir des risques d’incendie.

Ce rapport, ceux des divers inspecteurs du ministère, comme la prise de conscience et la volonté de la municipalité vont amener à reprendre une idée déjà évoquée en 1904, celle de construire un nouveau musée/bibliothèque sur le boulevard d’Alsace après la statue de Montalivet : « Une construction un peu architecturale tout en restant modeste terminerait nos superbes boulevards […] et serait un embellissement »(*).

Mais, faute de moyens, la Ville se résout à réaménager les salles du musée/bibliothèque. Un plan (ill. 3) d’avril 1907, établi par l’architecte voyer pour la rénovation du musée dont la situation est plus problématique que celle de la bibliothèque, montre la répartition des lieux entre les deux équipements.

3 – Muséebibliothèque, plan des aménagements projetés (AMV, 4M)

Il faudra attendre 5 ans pour qu’en 1911, le projet de déplacement se concrétise. Avec la loi de séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, une partie de l’ancien évêché, évacué par l’Eglise devient libre. La Ville décide en 1909 de racheter la totalité de l’ancien palais épiscopal à l’Etat, au Département et aux propriétaires privés qui occupent l’aile nord du bâtiment depuis sa vente comme bien national en 1792.

Adrien Didier, la commission du musée et de la bibliothèque sont, avec l’architecte voyer Marius Villard, les artisans de cette installation. Les travaux, qui se limitent à quelques réparations et transformations sont terminés fin 1911 et, dès janvier 1912, Adrien Didier est chargé d’y transférer les collections. Le musée occupe les ailes sud et ouest, la bibliothèque l’aile nord et les anciennes écuries du palais épiscopal dans le prolongement de l’aile sud sur la place des Ormeaux (ill. 4, 5).

Le maire, le conseil municipal, le conservateur et la commission du musée y accueillent le sénateur et ancien ministre de l’instruction publique, Maurice Faure, le 20 avril 1912 pour une « visite inauguration » accompagnée du préfet et d’une centaine de personnalité de la ville.

4 – La Bibliothèque et le musée au début du XXe siècle (Coll. musée de Valence).
5 – Aménagement intérieur de la salle de lecture de la bibliothèque, de deux salles du musée et du bureau du conservateur (AMV, 4M)

Succèderont à Adrien Didier, Jean Pleche de1922 à 1929, ancien directeur d’école à Dieulefit puis à Valence de 1887 à 1929 qui a fait partie de la commission du musée en 1919 et appartient à la Société d’archéologie d’histoire et de géographie de la Drôme depuis 1921.

Puis Alexis Frequenez de 1929 à 1937, ancien lieutenant-colonel d’infanterie en retraite qui, plus jeune (55 ans) déclare : « J’aime les livres et crois posséder les qualités d’ordre et de méthode nécessaires aux fonctions que je sollicite ». C’est le premier conservateur qui réussit à prendre une certaine autonomie par rapport à la commission. Il obtient aussi des travaux : réfection des façades en 1933, des salles Hubert Robert, puis par délibération du conseil municipal du 20 mai 1933, la séparation en deux de la commission, l’une propre à la bibliothèque, l’autre au musée qui bien demeurent cependant grés par le même bibliothécaire/conservateur.

Maurice Caillet, archiviste paléographe sortant de l’école des Chartes, nommé en 1937 sera le premier véritable conservateur professionnel à gérer ces deux équipements. Il occupera la poste jusqu’en 1949 et traversera les évènements de la seconde guerre mondiale, faisant regrouper et protéger les collections des deux équipements au rez-de-chaussée avec des sacs de sable… et évacuer deux fois les plus précieuses au château de Cachard puis de Vachère. En 1945, la bibliothèque municipale acquiert le statut de bibliothèque municipale classée en raison de la richesse de ses fonds anciens.

Marguerite Beau qui lui succède de 1950 à 1976 continue le développement de l’équipement, gérant la bibliothèque centrale classée et ses fonds anciens ainsi que la Bibliothèque populaire de prêt installée dans « l’annexe » (ill. 6) de la place des ormeaux où des travaux sont exécutés. Mais elle sera surtout l’artisan, sous la municipalité Jean Perdrix, de la rénovation, en 1968-71, du musée devenu trop vétuste et dangereux pour la conservation et la présentation de ses collections.

6 – La Bibliothèque populaire et l’entrée du musée et de la bibliothèque « d’étude » vers 1965 (Coll. musée de Valence).

La conservatrice qui lui succède en 1977, Elisabeth Cadic, sera avec son équipe la cheville ouvrière, sous la municipalité Rodolphe Pesce, du déménagement, en 1983, de la bibliothèque dans de nouveaux lieux, l’ancien couvent des Sœurs Trinitaires racheté par la Ville en 1980 et totalement réaménagé (ill. 7). Musée et bibliothèque trouvent enfin chacun leur autonomie. La bibliothèque, devenue médiathèque fait ainsi figure de pionnière en Rhône-Alpes avec sa discothèque, vidéothèque, artothèque, la création d’un réseau de bibliothèques de quartier…

7 Bâtiment de l’ancienne médiathèque en face du Bel image/comédie

Sous la houlette de Martine Blanc-Montmayeur et de ses successeurs, elle devient un modèle dans son expérimentation de la fusion des collections et services entre la bibliothèque municipale et la bibliothèque universitaire.

Aujourd’hui, devenue un équipement de l’agglomération de Valence Romans, le réseau des Médiathèques comporte 14 lieux inscrits dans leur territoire soutenant une politique de proximité, mais il est également un espace virtuel présent dans l’univers numérique. Son transfert vers l’ancienne caserne Latour-Maubourg acquise par la Ville et entièrement réhabilitée par le cabinet Rudy Ricciotti démarre une nouvelle histoire.