Bibliothèque monde, monastique, royale… médiathèque vitrine, monument, outil urbain… bibliothèque virtuelle, numérique… au cours des siècles, ces lieux ont évolué au fil des mutations des pratiques culturelles et sociales et de leur rôle économique et urbain dans la cité. La réalisation de la médiathèque François Mitterrand à Valence nous conduit à évoquer ce ʺcouple contenu/espaceʺ à travers l’évolution de l’architecture de la ʺmaison des livresʺ – symbole du savoir – au ʺtroisième lieuʺ, espace multifonctionnel et ouvert où l’humain est au cœur.

La ʺbibliothèque mondeʺ ou la ʺmaison des livresʺ

Les plus anciennes “bibliothèques” apparaissent en Mésopotamie (*), en Egypte (*) puis en Grèce (*), dans des sociétés urbaines qui possèdent l’écriture et qui sont attachées à la transmission du savoir. La bibliothèque d’Alexandrie(*)s’impose comme modèle de l’Extrême-Orient à l’Occident durant l’Antiquité ; elle fait de cette ville « l’un des centres culturels majeurs de la Méditerranée hellénistique et gréco-romaine » (*). L’origine de la bibliothèque est liée au musée, ʺdemeure des Musesʺ, qui d’après F. Barbier « n’est pas d’abord cet espace où l’on aurait réuni objets d’art et curiosités de toutes sortes, mais une institution conservant les textes écrits et organisant le travail à leur entour. » (*).

Ces ʺbibliothèques mondesʺ visent l’universalité en rassemblant et en conservant – en fonction de choix politiques et intellectuels – des savoirs et des écrits, des manuscrits qui sont d’abord sous forme de rouleaux de papyrus, puis à partir du 1er siècle ap. J.-C. de cahiers de parchemin. Ils sont rangés dans un mobilier particulier : des niches creusées dans les murs, des formes cylindriques en roseau ou en cuir (ill.1), des meubles en bois avec étagères (ill.2). Mais il n’existe pas encore de lieu spécifique à la lecture et à la conservation des livres. Les manuscrits appartenant aux souverains sont accessibles aux savants et aux lettrés, ceux d’une élite cultivée étaient réservés à la famille et aux amis du propriétaire, parfois aux voyageurs érudits. Il est à noter que le sens de bibliothèque évoluera comme le précise F. Barbier : « La bibliothèque signifie d’abord un meuble défini par son contenu, des rouleaux (volumina), puis des livres en cahiers (codices) ; par extension, elle désignera la ou les pièces où ces meubles sont rangés »(*).

2 – Le martyre de Saint Laurent, mosaïque du mausolée de Galla Placidia, Ravenne, 5e s. ap. J-C. © R. Chambaud
1 – Saint Luc, mosaïque de la basilique Saint-Vital, Ravenne, 6e s. ap. J-C. © Artifexinopere

L’organisation du savoir, du meuble à la galerie-bibliothèque

Dès le Moyen Âge, les bibliothèques se multiplient avec le développement des échanges et de l’enseignement, l’introduction du papier au 12e siècle remplaçant le parchemin et facilitant la copie, puis l’invention de l’imprimerie. Avec l’affirmation du christianisme, les bibliothèques universelles de l’Antiquité disparaissent et font place aux bibliothèques chrétiennes où le Livre sacré domine (ill.3). Trois types de bibliothèques se dessinent en Occident : les bibliothèques communautaires (dont celles des institutions d’enseignement), les bibliothèques princières avec une dimension socio-politique, les bibliothèques privées. Elles sont présentes dans des bâtiments existants et les livres sont rangés dans plusieurs espaces comme au monastère de Clairvaux : « (…) les livres devaient être répartis entre l’église, où étaient conservés les manuscrits liturgiques, le réfectoire, où l’on rangeait les volumes servant aux lectures de table, et le cloître, autre lieu de lecture publique et privée, où se déroulaient notamment les conférences spirituelles (collations) présidées par l’abbé. Selon l’usage, un des murs du cloître était creusé d’une niche doublée intérieurement de bois et fermée par des portes, l’armarium, pourvu de tablettes, qui abritait la plus grande partie de la collection »(*). Le rangement en hauteur et la lecture sur pupitre répondent au développement des collections et aux nouvelles pratiques de lecture (ill.4 à 6).
4 – Détail du Polyptique du maître de Bologne, 14e s. ; Pinacothèque de Bologne © CB
5 – Présentation au temple et Piéta, Polyptique du maître de Bologne, 14e s. © Pinacothèque de Bologne,
3 – Ezra le scribe, Folio 5r du Codex Amiatinus ; Bibliotéque Laurentiana, Florence © Wikipedia
4 – Tomaso da Modena, Ugo di Billon, fresque, 1352 ; église de San Nicolo, Trévise © Wikipedia.

L’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1452 annonce la “seconde révolution du livre” qui se traduira par une augmentation progressive des livres “mécaniques”, l’extension de la pratique de la lecture, l’organisation des bibliothèques, de leur mode de rangement et de classement, d’enrichissement (*) . Les bibliothèques des souverains et des princes deviennent des « instruments de légitimation du pouvoir » (*)et l’expression de leurs richesses.

Apparaissent à cette époque les bibliothèques humanistes nées d’abord en Italie (retour à une Antiquité idéalisée), avec la Réforme la bibliothèque collective (non plus communautaire) comme celle du Collège de Debrecen (Hongrie) fondée dans les années 1530 (ill.7), les métiers liés aux livres (ateliers de typographie, librairies, revendeurs…). La valeur marchande des livres, leur poids symbolique font que les bibliothèques deviennent des enjeux stratégiques aux périodes de crises religieuses ou politiques, et même des butins de guerre.

7 – Bibliothèque de Debrecen (Hongrie) © R. Chambaud
C’est en Espagne qu’est inventée la bibliothèque murale au palais-monastère Saint-Laurent de l’Escurial (1563-1584)(*). La grandiose salle en vaisseau (*) comporte un plafond en berceau richement décoré de fresques, des murs recouverts d’étagères sur lesquelles sont disposés verticalement les livres, dont les dos sont visibles. L’ampleur du lieu, le nombre de manuscrits et de livres traduisent la volonté du roi de mettre en scène sa toute-puissance (ill.8).

 

8 – Bibliothèque du palais-monastère Saint-Laurent de l’Escurial © Xauxa Håkan Svensson
Le modèle de l’Escurial et son organisation spatiale galerie-bibliothèque se diffusent dans les grandes villes, les palais, les châteaux, les monastères selon le style architectural de l’époque – classique, baroque ou rococo(*). Cependant ces bibliothèques privées sont toujours installées dans des édifices existants (maisons religieuses, universités, collèges, résidences royales ou princières…) et accessibles qu’à certaines catégories de personnes. Le modèle de la bibliothèque s’élargit aux collections d’objets d’art, d’histoire et de sciences naturelles rassemblées dans le cabinet de curiosités qui devient un élément de distinction et un lieu remarquable exhibé auprès des visiteurs.

Avec la diminution du prix du livre, les bibliothèques appartenant aux intellectuels comme Montaigne, Guillaume Sacher, etc. se développent et des initiatives privées voient le jour ; ainsi à Leyde, le juriste néerlandais Johannes Thysius (1622-1653) consacre sa fortune personnelle à la création d’une bibliothèque publique. C’est l’une des premières constructions autonomes en Europe. Ouverte à tous en 1657, ce bâtiment indépendant (ill.9) comporte au rez-de-chaussée le hall d’entrée et le logement du bibliothécaire, au premier étage la salle de bibliothèque couverte de rayonnages muraux.

La production de livres augmente, de nouvelles formes éditoriales voient le jour comme les périodiques, la demande d’accès aux fonds s’accroît afin qu’ils ne soient plus réservés qu’aux savants. A l’initiative de rois ou d’empereurs, de savants ou de magistrats, d’importantes bibliothèques sont constituées dans les grandes villes européennes : à Paris la Bibliothèque royale(*) à Vienne la Bibliothèque impériale, à Londres la bibliothèque du British Museum, à Saint-Pétersbourg la Bibliothèque publique impériale, etc. Devenues un enjeu politique, elles sont ouvertes au public certains jours et deviennent des lieux de visites pour les voyageurs.
9 – Bibliothèque de Leyde © Pepíček

Des ʺpalais pour les livresʺ et pour tous

A la fin du 18e siècle, l’architecture des bibliothèques, l’accessibilité ainsi que la bibliothéconomie (classement des livres, catalogage, conservation) sont des questions auxquelles s’attellent les professionnels. Prônant une ʺarchitecture parlante ʺ, l’architecte Etienne-Louis Boullée (1728-1799) conçoit la nouvelle Bibliothèque du roi et dessine un immense édifice dont la forme grandiose doit symboliser l’univers (ill.10) ; un même volume, comportant une voûte en berceau et des rayonnages en gradins, rassemble service du public et rangements des livres. Les événements de la Révolution empêcheront sa réalisation mais ce modèle influencera de nombreux architectes.

10 – Etienne-Louis Boullée, Restauration de la Bibliothèque nationale, 1785-88 © BNF
Après la Révolution de 1789 et à l’époque de l’industrialisation au 19e siècle, a lieu la ʺdeuxième révolution du livreʺ qui se manifeste par un marché de masse même si la consommation est encore limitée, par le développement de la mondialisation et de la diffusion du modèle occidental de la lecture et des bibliothèques, et par la prise de conscience des enjeux politiques du livre : les « bibliothèques deviennent un élément de la politique générale d’éducation, et elles sont désormais de plus en plus largement prises en charge par la puissance publique ou par ses représentants »(*).
Dès 1794, une série de décrets est promulguée instituant une bibliothèque publique par district créée à partir des confiscations de livres des maisons religieuses, des résidences et des châteaux. Les bibliothèques nationales sont édifiées dans toute l’Europe alliant les idées d’universalité et de nationalité. Les constructions de bibliothèques publiques dans un bâtiment autonome voient le jour progressivement et surgissent des ʺ palais pour les livres ʺ dont l’architecture fait référence à l’antique ou alors innove par l’emploi de techniques et de matériaux nouveaux. Selon le principe architectural du fonctionnalisme (*), l’architecte Henri Labrouste (1801-1875) conçoit la nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris (*)sur deux niveaux ; un grand hall avec son escalier monumental conduit à la salle de lecture de 400 places, couverte par deux nefs jumelles portées par des colonnes en fonte (ill.11, 12, 13). Il réutilise pour la Bibliothèque impériale (*)le principe de la structure métallique porteuse et apparente. La salle de lecture (ill.14, 15) est éclairée par neuf coupoles percées d’oculus reposant sur des arcs en fer et de fines colonnes de fonte. Au-dessus des rayonnages latéraux, des paysages sont peints par Alexandre Desgoffe. Le mobilier est entièrement dessiné par Labrouste et le circuit du livre entre le magasin à la salle de lecture est rationnalisé par un chemin de fer souterrain.

 

11 – Nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris © Wikipedia
12 – Hall et escalier de la bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris © Wikipedia
13 – Thomas, Nouvelle bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris ; illustration in Edward Edwards, Memoirs of libraries, 1859 © Wikipedia
14 – Salle Labrouste, bibliothèque impériale (nationale) © INHA

Depuis, le modèle labroustien se répand en France en associant musée et bibliothèque en France [Grenoble, par C. A. Questel] et à l’étranger comme à Boston (ill. 16).

15 – Salle Labrouste, bibliothèque impériale (nationale) © Wikipedia
16 – Boston public library, salle de lecture © D. P. B. Smith

La médiathèque, ʺtroisième lieuʺ et ʺlieu hybrideʺ

Dans les années 1980, les fonctions de la bibliothèque dans la cité sont bouleversées ; avec l’avènement du numérique et des nouvelles formes d’information et de diffusion, la ʺtroisième révolution du livreʺ a lieu et pose alors la question du devenir du livre et de la politique de lecture publique. Le concept de médiathèque apparaît(*)intégrant les nouveaux médias et progressivement des activités d’information et de découverte.

A cette même époque, le concept de ʺtroisième lieuʺ est défini dans les années 1980 par le sociologue Ray Oldenburg comme espace neutre et vivant dédié à l’échange et à la socialisation, complémentaire du premier lieu (sphère du foyer) et du second lieu (domaine au travail). Aussi voit le jour une nouvelle approche des bibliothèques qui perdent leur statut de temple du savoir : « (…) la bibliothèque n’est plus seulement le lieu des livres mais un centre civique culturel qui subvient au besoin d’espace public où pouvoir accomplir des activités collectives »(*).

Les mutations des pratiques culturelles et sociales mettent en question le statut du citoyen-fréquentant qui ne se réduit pas qu’au lecteur, les relations entre bibliothécaires et usagers, les espaces qui vont être de plus en plus fluides, ouverts, etc. jusqu’à emprunter des éléments et des aspects à l’univers commercial (escaliers roulants, grands plateaux vides, surfaces vitrées, absence de banque d’accueil…). Ainsi, la médiathèque devient « un ʺlieu hybrideʺ, qui articule l’espace physique des bâtiments et l’espace virtuel d’Internet »(*), qui passe d’une logique de conservation de livres à une logique de flux (*), qui intègre des activités aussi bien culturelles que sociales comme on peut l’observer dans la médiathèque de Lezoux (ill. 17).

Cette évolution est particulièrement visible dans les pays anglo-saxons (*) . Ainsi dans la médiathèque Center library de Manchester, il est permis de parler, de téléphoner, de boire, de manger… (ill. 18) et dans certaines grandes villes comme à Londres, on trouve des ʺidea storesʺ, nouveau type de bibliothèque ouverte sept jours sur sept, en libre-service, avec crèche, café, services d’informations et de formation continue, activités ludiques.
17 – Schéma d’organisation de la médiathèque emblématique en France de Lezoux
18 – Médiathèque Center library, hall d’entrée avec café, Manchester © CB

L’architecture de ces équipements intègre ces nouveaux concepts, les accentue ou les atténue selon les projets, repense l’approche spatiale et temporelle : « Or, la multiplication des médias, des sources et des sujets produisant et diffusant la culture ainsi que l’absence de leurs limites spatiales et temporelles, due au numérique, modifient non seulement la structure de l’information mais aussi sa nature, en créant de nouvelles modalités d’usage plus discontinues, nomades et participatives »(*). Les architectes inventent des espaces et des mobiliers adaptés aux différents usages : « L’agencement des espaces prend davantage en compte la diversité de ces pratiques : des zones silencieuses côtoient des espaces de travail informel, des salles dédiées à la réunion ou des cafés. De vastes plateaux alternent avec des espaces plus modestes ou des niches intimistes. Ce découpage spatial, parfois appelé “zoning”, permet à plusieurs usages de cohabiter dans un même lieu» (*). La construction des médiathèques s’est accentuée depuis les années 1980 en France comme dans le monde entier. Ces établissements culturels fleurissent dans les petites et les grandes villes selon certaines typologies que l’on va tenter de dégager :

la médiathèque-monument marqueur urbain, telle la bibliothèque de Birmingham(*)réalisée pour donner une cohésion et une lisibilité au centre-ville ; d’une superficie de 35.000 m2, elle comprend également un centre multimédia, des archives, la salle Shakespeare Memorial, des bureaux, des halls d’exposition, des cafés, des terrasses et un auditorium (ill. 19).

19 – Bibliothèque de Birmingham ©.Mecanoo Architekten
19 – Intérieur de la bibliothèque de Birmingham ©.Mecanoo Architekten
– la médiathèque-forum comme la bibliothèque Alexis-de-Tocqueville(*) dont l’implantation sur la presqu’île de Caen s’inscrit dans le cadre de la revitalisation d’un quartier délaissé depuis l’abandon des activités portuaires, à la jonction de la cité historique. Le rez-de-chaussée est un vaste forum qui permet l’accès à un auditorium, à une salle d’exposition de 350 m2 et un café-restaurant. Au premier étage, la salle de lecture se présente comme un vaste plateau unitaire, libre de toute cloison, conçu comme un “salon urbain” (ill. 20).
20 – Bibliothèque Alexis-de-Tocqueville, Caen © Philippe Ruault
20 – Bibliothèque Alexis-de-Tocqueville, Caen ; Ph. intérieur © D. Legnani, M. Cappelletti
– la médiathèque-composite associant reconversion d’un bâti ancien et extension contemporaine comme la médiathèque André Malraux à Strasbourg (*)qui occupe un ancien entrepôt portuaire. Les plateaux libres – reliés entre eux par un une ligne rouge zigzagant au sol et au plafond – permettent une grande fluidité entre les nouvelles fonctions tout en conservant le caractère industriel du site (ill. 21).
21 – Médiathèque André Malraux, extérieur, Strasbourg ©. Images.Mat
21 – Médiathèque André Malraux, intérieur, Strasbourg ©. P. Rudloff
– la médiathèque-libre/service aux allures d’espace commercial comme le « DOK Library Concept Center » à Delft (Pays-Bas)(*)qui a investi un immeuble de bureaux des années 1970 associant des commerces, restaurants, cafés, appartements… Ce lieu (*)réunit une école d’art, une école de musique et une bibliothèque, un café et privilégie les ambiances conviviales, les échanges grâce à des espaces ouverts notamment sur la place commerçante, en face du théâtre de la ville (ill. 22).
22 – Dok library concept center, Delft © Arjen Schmitz
22 – Dok library concept center, intérieur, Delft © Arjen Schmitz

– la médiathèque-fluide (*) où les frontières sont abolies entre le bâti et le paysage, entre l’étude et le divertissement, entre le cheminement et la pose telle le “Rolex Learning Center” de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (ill. 23). Cette plateforme entre terre et lac (Léman) s’apparente à une vague de 160 mètres de long (*) accueillant espaces de travail et de rencontres, amphithéâtre, bibliothèque, café. Elle est composée d’une variation d’espaces et de formes, de courbes et de plans invitant à la circulation d’idées (*).

23 – “Rolex Learning Center” de l’École polytechnique fédérale de Lausanne © Chantal Burgard

Dérives et enjeux des “tiers lieux”

Cette diversité des médiathèques témoigne du dynamisme des réflexions du monde des bibliothèques et de l’inventivité des architectes que ce soient dans les petites villes ou les grandes en France ou à l’étranger. Ces lieux culturels audacieux sont devenus des lieux de vie et de curiosité, reléguant les musées et les monuments historiques du côté des temples de l’art légèrement surannés …

Sans tomber dans une position obscurantiste ou technophobe, je ne peux conclure cet article sans évoquer la question du devenir du livre, de la lecture et de l’édition et également les enjeux de la démocratisation culturelle. Si le concept de ʺtroisième lieuʺ a permis de « donner un nouveau souffle à des établissements en perte de vitesse, délaissés par le public et menacés par le numérique » (*), il conduit cependant à s’interroger sur les fonctions de la médiathèque qui se veut surtout conviviale (*) et celles des bibliothécaires qui doivent être avant tout des médiateurs sans qualification professionnelle spécifique au livre ; à questionner aussi le devenir des collections d’ouvrages face à la dématérialisation et à la numérisation comme celui des éditeurs. Enfin l’objectif de favoriser l’accès à la culture pour tous ainsi qu’à la culture livresque, est-il vraiment réalisé ? Le “tiers-lieu”, n’accentue-t-il pas la fracture numérique et la distinction entre culture populaire et culture savante ?

Composé d’auteurs, lecteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires… le ʺpeuple du livreʺ – comme le désigne Cédric Biagini dans son ouvrage L’assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, (*).attire notre attention sur les “illusions numériques” et sur toutes les formes de dérives qui touchent le livre et la médiathèque : « dérive techniciste, dérive gestionnaire et dérive consumériste » (*). Sans refuser toutes les innovations, il invite à repenser la bibliothèque publique comme « des centres intellectuels, des points de ralliement du débat et de la réflexion collective (…). En somme, il s’agit de refaire des ʺsalonsʺ à l’image de ceux du 18e siècle, mais d’essence démocratique, où chercheurs et public non-académique travaillent ensemble » (*).

BIBLIOGRAPHIE

Barbier Frédéric, Histoire des bibliothèques. D’Alexandrie aux bibliothèques virtuelles, Armand Colin, 2013.
Biagini Cédric (dir), L’assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, Editions L’échappée, 2015.
Fabre Xavier et Speller Vincent, « Bibliothèques hybrides », Architecture et bibliothèque. 20 ans de constructions, Presses de l’ENSSIB, 2012.
Figuier Richard (dir.), La bibliothèque. Miroir de l’âme, mémoire du monde, Autrement, N°121, 1991.
Servet Mathilde, « Les bibliothèques troisième lieu : une nouvelle génération d’établissements culturels », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2010, n° 4, p. 57-63.