
2-Visuel de couverture (format paysage)
Soucieuse d’accompagner la transition écologique de la culture, l’association nationale des professionnel·le·s de la médiation en art contemporain BLA! a publié une brochure imprimée et en ligne Pour une éco-conception de la médiation. Créée en 2017, BLA ! met en réseau les professionnel·le·s et les structures de l’art contemporain tout en s’attachant à la formation et à la réflexion sur les métiers de la médiation. Ce document a été co-écrit par les membres du groupe de travail “Médiation et écologie”, dont fait partie Emma Margiotta ; actuellement chargée de médiation du Centre d’art Madeleine Lambert à Vénissieux, elle évoque dans cet entretien son parcours, les expériences et les réflexions qui l’ont conduite à s’engager dans cette démarche.
Emma Margiotta – Avant mes premières participations à ce groupe de travail, je me questionnais déjà sur ces aspects mais sans avoir eu l’occasion de les formuler et de les partager avec d’autres professionnel.le.s de la médiation. Par exemple, je me demandais : « chaque élève doit-il repartir avec sa production après un atelier de pratique artistique qui se déroule à l’issue d’une visite d’exposition ? ». Par ailleurs, le fait de réaliser des ateliers en extérieur comme dans le cadre de l’édition 2024 d’Archipel, un parcours d’art visuel et sonore en Thouarsais, porté par le Centre d’art contemporain La Chapelle Jeanne d’Arc, m’avait déjà amené à penser autrement mes activités. D’une part, je ne pouvais par exemple pas proposer des actions nécessitant un accès à l’eau. D’autre part, les propositions des artistes invité.e.s interrogeaient notre rapport au vivant et l’environnement dans lequel leurs œuvres s’inséraient. Ces dernières se composaient parfois de matériaux naturels. Je pense notamment à l’installation d’Eugénie Chat ? Danser en faucille – Des acanthes au bournais, fruit d’une résidence de deux mois au Domaine de Fleury et qui a été visible dans ce même lieu du 13 juillet au 18 août 2024. J’ai opté pour un atelier de tissage végétal en fournissant aux participants et aux participantes un cadre en bois et du fil afin de créer un support sur lequel insérer des végétaux. Ces derniers ont été récoltés sur place. Les personnes présentes pouvaient repartir avec leur production afin de la faire sécher ou alors, restituer les fleurs et les feuilles à la nature et ne repartir qu’avec le support afin de renouveler l’expérience ultérieurement. L’objectif n’était pas tant le résultat final que le processus créatif et le questionnement sur le caractère éphémère d’une production artistique à partir de composants périssables (ill. 1, 2).
LIEN 1 : Eugénie Chat (@eugenie.chat),??

Installation d’Eugénie Chat à Thouars et atelier

Installation d’Eugénie Chat à Thouars et atelier
EM – Cette brochure (LIEN 3) se découpe en cinq parties auxquelles s’ajoutent une liste de ressources, non exhaustive, qui ont nourri nos échanges et accompagné nos réflexions. Notre souhait premier est d’outiller les professionnel.le.s de la médiation de manière bienveillante et non punitive. Ce document émane de personnes directement concernées par ces enjeux et qui ont pleinement conscience des contraintes de moyens humains et financiers qui pèsent sur leurs services. Si certaines parties ont rapidement été évidentes comme « Évaluer et préserver l’existant » et « Concevoir des supports réutilisables ou mutualisables », la cinquième s’est quant à elle révélée à nous dans les derniers mois de nos échanges. Cette dernière partie constitue la singularité de cette brochure car elle dépasse des questionnements quantifiables comme ceux liées au déplacement des publics ou au poids des déchets généré, entre autres, par les ateliers de médiation. Intitulée « Contribuer à la fabrique de nouveaux récits », elle invite à entreprendre un travail sur la durée en s’appuyant notamment sur des ressources locales telles que des associations œuvrant à la préservation de la biodiversité et au recyclage des matériaux. Ainsi, cette partie préconise d’augmenter le temps alloué aux professionnel.le.s de la médiation pour créer des projets afin qu’ils et elles puissent associer les publics à leurs réflexions en matière d’éco-conception et inviter les artistes à partager la manière dont les enjeux environnementaux impactent et transforment leurs pratiques (ill. 4).
Une autre force de ce document est de regrouper des paroles de professionnel.le.s de la médiation sous la forme d’entretiens dont les membres du groupe de travail ont collectivement choisi les personnes invitées et élaborés les questions. L’idée est notamment de rendre tangibles les préconisations que nous listons. Par exemple, à la question « Quelles initiatives concrètes avez-vous mises en œuvre dans vos projets pour répondre aux enjeux de la redirection écologique ? », Krystel Lavaur, responsable adjointe du service des publics du Frac Bretagne à Rennes indique notamment « Nous avons aussi créé une buvette mobile au sein du service des publics pour proposer eau en carafe et vaisselle lavable. Nous offrons ainsi des temps de convivialité à nos partenaires, aux personnes en formation et aux publics en groupe (*). » Une autre interrogation porte sur les principales difficultés ou résistances rencontrées. Elles viendront probablement rencontrer celles des lecteurs et lectrices de cette brochure qui pourront éventuellement se mettre en contact – dans une dynamique de réseau – afin de partager les solutions qu’ils et elles ont pu mette en place. De plus, les personnes interrogées sont invitées à formuler des conseils à destination de professionnel.le.s de structure culturelle qui souhaiteraient se lancer dans une démarche écologique mais ne sauraient pas par où commencer. L’enjeu est, entre autres, de déculpabiliser et d’accompagner en rappelant, comme le font Claire Der Hovannessian, responsable de projets et co-fondatrice, et Anne Marchis Mouren, médiatrice culturelle et directrice du BIM Bureau Indépendant de Médiation culturelle que : « L’écologie n’est pas forcément une révolution immédiate, mais un déplacement progressif du regard et des priorités. Interrogez les gestes du quotidien, questionnez le rapport au temps, aux ressources, aux relations. Identifiez un ou deux leviers simples et concrets : mutualiser du matériel, revoir l’organisation du travail, repenser un atelier, et faites-en un terrain d’expérimentation (*). »
Par ailleurs, certains membres du groupe de travail ont eu l’occasion de présenter cette publication le 25 février dernier lors d’un Blapéro, un rendez-vous en ligne, ouvert à l’ensemble des professionnel.le.s, membres de BLA! mais pas uniquement. Partager largement ce document, auprès également des publics de nos structures « afin de les associer à nos réflexions et de les sensibiliser à nos engagements et nos actions » (*), est d’ailleurs un nos axes.



