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A la veille des élections municipales 2026, la place de la culture dans la vie publique est questionnée à l’échelle nationale et locale : quels places et financements la culture a-t-elle dans les communes ? Quelle place occupe le secteur associatif fragilisé par la conjoncture politique et budgétaire ? Quels sont les principaux enjeux notamment dans le contexte de transition sociale et écologique ? Quelles sont les conceptions de la culture dans les programmes politiques ? Des questions qui interrogent les valeurs, les visions et les enjeux de la culture aujourd’hui et demain.
Auteur :
Q+E (Chrystele Burgard)
– La culture dans les communes et les associations
. Financement de la culture dans les communes, entre démantèlement et fragilisation
En 2025 la commune de Toulouse baisse sérieusement le budget de bibliothèques, de 13 centres culturels et de l’Institut supérieur des arts et du design ; d’autres collectivités territoriales suivront. Pourtant, Vincent Guillon (*) de l’Observatoire des politiques culturelles (OPC) constate que les villes ont moins diminué leur budget par rapport aux autres collectivités à l’occasion de l’émission de radio « Les villes peuvent-elles préserver le financement de la culture ? » : « Pour 2025, le budget culturel de la majorité d’entre elles est stable. Le pourcentage de baisse pour celles dont l’enveloppe pour la culture se réduit est de 1% à 5, là où, pour les régions et les départements, les annonces de coupes budgétaires sont plus élevées. »
En revanche, il s’inquiète de l’évolution du système de cofinancement de la vie culturelle engageant jusqu’à présent tous les partenaires publics et de l’effritement du volontarisme politique, et de la généralisation des coupes budgétaires. Aussi l’Observatoire des politiques culturelles a mis en place en 2025 l’outil collaboratif « Cartocrise culture 2025 » qui a permis de recenser 750 structures culturelles qui ont subi des baisses, dont 55% dans le spectacle vivant.
En effet les maires sont préoccupés par les budgets de fonctionnement et d’investissements communaux dans le domaine de la culture, comme en témoignent le congrès des maires de France en 2025 à Paris et l’enquête de l’Association des Maires de France (AMF) qui met l’accent sur l’engagement financier des communes : « Malgré le caractère facultatif de l’intervention des collectivités territoriales dans le champ culturel, la première enquête de l’AMF sur l’action culturelle révèle une très forte mobilisation des communes puisque 67 % d’entre elles considèrent être les premiers financeurs localement (*). »
Juste avant les élections municipales 2026, les budgets culturels sont à peu près maintenus, mais les élus se disent majoritairement très préoccupés par leur capacité à pouvoir continuer à engager des projets. Ils regrettent le désengagement de l’État, comme celui des autres collectivités (Régions, départements (*), intercommunalités) qui partagent la compétence culture.
On a pu le constater dans les Pays de la Loire où la présidente (Horizons) de région diminue drastiquement les budgets du tissu associatif et artistique ; comme en Auvergne-Rhône-Alpes où Laurent Wauquiez (Les Républicains) abaisse les subventions, fragilise certains festivals et équipements culturels (*).
. « Portrait du tissu associatif culturel en France »
À l’heure où les libertés associatives sont fragilisées, le portrait du tissu associatif publié par l’OPC le 8 janvier 2026 constate que les 289 000 associations culturelles en France représentent 23% de l’ensemble des associations. Il montre aussi la répartition des domaines, leurs ressources, leur fonctionnement qui repose principalement sur le bénévolat avec 3,5 millions de bénévoles.
– Les modèles de la politique culturelle publique
Avant de rendre compte des programmes politiques, il est intéressant de se pencher sur les conceptions de la culture « en termes de valeurs, de vision et d’enjeux » comme les étudie Jean-Michel Tobelem (*) dans son ouvrage Politique et gestion de la culture. Il définit neuf « idéal-types de politique publique, valables à l’échelle nationale (État) et locale (les collectivités territoriales) » qui sont souvent combinés. Il les présente selon une évolution des conceptions, de l’autonomie de la culture et de l’art hors monde social à l’intégration totale de la culture au politique :
- politique « artiste » fondée sur « une conception sacrée de la création artistique » visant en priorité « à soutenir les artistes » et portée par des « mécènes individuels et collectionneurs » ;
- politique « aristocrate » se situant « dans une tradition d’érudition et de distinction à travers l’accès à la « haute culture » » ;
- politique « marchande » valorisant « la dimension commerciale de l’art qu’il s’agisse du marché de l’art ou de l’impact économique des activités culturelles » ;
- politique « utilitaire » considérant la culture comme un « facteur d’innovation, au service des politiques d’attractivité et de la créativité des individus », s’appuyant sur la fiscalité, l’externalisation et la privatisation ;
- politique « événementielle » favorisant « la dimension sociale, ludique, spectaculaire (…) à travers une dimension fréquemment événementielle » ;
- politique « émancipatrice » défendant « une visée démocratique et de démocratisation de l’accès aux arts et à la culture, qui passe notamment par la formation » ;
- politique « révolutionnaire » s’appuyant sur l’État soucieux « d’éveil des consciences et de désaliénation », et dans une « perspective utopiste d’égalité entre les citoyens » ;
- politique « écologiste » renforçant « la dimension participative et communautaire des projets culturels » et mettant en avant les « notions de proximité, de circuits courts, de droits culturels et de sobriété » ;
- politique « autoritaire » prônant la culture « dans sa dimension identitaire, au service d’un projet totalitaire » et un art réaliste éloigné « de toute perspective expérimentale ou avant-gardiste ».
– La culture et les nouveaux enjeux
La conception de la culture s’est considérablement élargie avec les notions de droits culturels et de diversité culturelle, avec le numérique et également avec les crises écologiques, sociales et économiques contemporaines. De nouveaux enjeux sont apparus comme :
. La culture au cœur des transformations sociétales : « une culture de tous, par tous et pour tous »
Dans l’ouvrage Pour une culture des transitions, Raphaël Besson (*) souligne l’évolution des pratiques artistiques et culturelles qui « ne se limitent pas aux Beaux-arts, aux œuvres académiques ou aux disciplines artistiques. Elles défendent une vision « anthropologique de la culture » et une « culture vivante » en mesure d’opérer des échanges permanents avec des savoirs, des valeurs, des savoir-faire et des phénomènes culturels du quotidien issus d’individus « ordinaires ». »
Il s’agit dorénavant de « penser les liens entre art, culture, territoires et transitions » comme on l’observe avec la diversité des acteurs et l’émergence de collectifs d’artistes, d’architectes et d’urbanistes, de résidences de création collaborative, de Tiers lieux, etc. Raphael Besson constate dans un article dans The conversation du 4 février 2024 que ces nouvelles « approches perturbent les modes de faire habituels de nos institutions publiques, en les initiant à des modes de conception et de gestion plus coopératifs, davantage sensibles aux contributions citoyennes et aux ressources latentes des territoires. »
. La décentralisation culturelle
Afin de réagir au contexte politique et budgétaire de plus en plus fragilisé, des associations de professionnels, d’élus, de collectivités territoriales se sont rassemblées avec l’Observatoire des politiques culturelles pour s’interroger sur l’organisation territoriale des politiques culturelles, revoir le système de décentralisation culturelle et préparer les prochaines échéances électorales. Pour l’OPC « C’est le projet politique de la décentralisation culturelle qui vacille ; et avec lui, le consensus transpartisan et multiniveaux qui prévalait jusqu’ici sur la base de valeurs et philosophies d’action partagées, justifiant le soutien à la création artistique, à la préservation du patrimoine, à l’éducation artistique et culturelle ou encore à l’autonomie esthétique des établissements culturels » (*).
A partir de ces débats, est publié en janvier 2026 le Livre blanc de la décentralisation culturelle qui regroupe les différentes contributions réunissant états des lieux et propositions de chaque association.
. Transition écologique et culture
Les enjeux de la transition écologique dans le domaine de la culture sont pris en compte et interrogés de différentes manières comme en témoignent plusieurs articles de l’OPC. Tout d’abord, l’impact environnemental du secteur culturel est bien réel comme celui de l’industrie ou du bâtiment et nécessite « un diagnostic pour aiguiller et accompagner le secteur culturel dans ses transitions ». La question de la conservation et de la restauration se pose également : « La transition écologique sous l’angle du patrimoine » comme celle du greenwashing que l’on peut constater à l’échelle locale et au niveau des grandes entreprises : « Écologie et culture : greenwashing ou véritable transition ? .
La place de la culture dans les programmes politiques
A la veille des élections municipales, le milieu culturel s’inquiète des positions des communes, premier financeur et soutien de la culture, alors qu’en 2026 le Ministère de la culture diminue le budget de 200 millions d’euros et les régions de 66 millions d’euros. Afin de connaître les engagements des candidats, le Syndicat des musiques actuelles (SMA) qui représente 600 salles et festivals, a envoyé un questionnaire à tous les grands partis et demande aux candidats de se positionner afin « qu’on ne parle pas que d’immigration et de sécurité » mais que la culture et la vie associative fassent aussi partie des programmes.
Dans l’émission de France Culture du 17 février 2026 « Municipales : un questionnaire révèle « une prise de conscience culturelle » des partis », Aurélie Hannedouche, directrice du SMA, présente le questionnaire envoyé à l’ensemble des partis et fait une synthèse des réponses ; cependant trois partis – LR, UDR et RN – n’ont pas répondu. Les réponses des partis diffèrent sur la question du financement : augmentation du budget (LFI), maintien des financements (Générations, PCF, PS), rééquilibrage entre les grandes et petites structures (Ecologistes), adaptation selon le contexte (Horizons et Renaissance).
Sur les enjeux de diffusion et d’équilibre territorial, il est proposé par les trois partis (Générations, PCF, PS) de former les élus, de revoir les conditions d’appels d’offre pour une meilleure transparence, de lutter contre les concentrations ; pour Horizons et Renaissance, de cartographier les besoins et de s’adapter au local ; pour les Ecologistes, de faire un diagnostic pour un équilibre territorial ; pour la France Insoumise, de favoriser la diversité et les modèles associatifs et coopératifs.
Au sujet de la liberté de création, car il est constaté que des individus et des élus interfèrent sur les programmations et qu’il y a de plus en plus de tentatives de censure, l’ensemble des partis qui ont répondu partage le principe de la liberté de création des artistes et de programmation des structures, associatives ou communales.
« NO CULTURES, NO FUTURES » tel était le titre de la rencontre nationale de la Fédération nationale des agences d’urbanisme (FNAU) qui abordait en 2023 « la manière dont la culture peut – doit ! – servir de vecteur et de levier à la transition écologique en cours ».
Si la culture apparaît comme « un levier incontournable pour la réussite de la transition écologique », elle doit aussi être un levier pour la transformation sociale et sociétale pour un futur avec moins de discrimination, de précarisation, de fragmentation des pratiques et des publics…




