Le Collectif
du Château de Verchaüs,
une friche artistique

Château de Verchaüs ©goticaardecana 

Un des plus anciens tiers-lieux de France, le Collectif du Château de Verchaüs occupe une demeure du 19e siècle construite par la famille Lafarge qui a fondé en 1833 l’usine de chaux et de ciments à Viviers. Ce collectif se veut, non pas une pépinière d’entreprises, mais une friche artistique comprenant des ateliers destinés à des artisans et à des artistes de différentes disciplines, ainsi qu’un lieu de culture accessible à tous.
Parmi les résidents, Elsa Ohana et Laure Nicoli retracent auprès d’Emma Margiotta l’histoire et l’organisation du collectif et présentent chacune leur démarche, l’une comme graveuse contemporaine, l’autre comme créatrice de parfum.

Le Château de Verchaüs, situé à Viviers en Ardèche, est actuellement un lieu mutualisé de créations artistiques pluridisciplinaires dans lequel trois domaines sont représentés : l’art contemporain, les métiers d’art et le spectacle vivant. Cette structuration, initiée depuis environ huit/dix ans, est une des singularités de ce site qui est uniquement un espace d’ateliers. D’autres de ses spécificités résident dans son mode d’existence et de fonctionnement. Une programmation diversifiée d’évènements contribue à inscrire ce Château dans une dynamique de lieu et de territoire. Lors d’un entretien Elsa Ohana, membre du Collectif, indiquait : « C’est un modèle assez unique qui repose sur la participation de tous mais aussi sur les occupations d’ateliers (*)» et soulignait que « C’est assez rare qu’un lieu se pérennise comme ça ». En ce moment, parmi les disciplines représentées se trouvent, entre autres, la ferronnerie d’art, la coutellerie d’art, la céramique, la restauration d’œuvres d’art, la lutherie, la création verrière, la peinture, la gravure contemporaine et la création de parfums.

Château de Verchaüs, Viviers © E. Margiotta

Réinvestir un édifice patrimonial

Initialement, le Château de Verchaüs est l’ancienne demeure d’Auguste Pavin de Lafarge. Elle a été édifiée entre 1880 et 1882 à proximité de la carrière Lafarge. « Le Château de Verchaüs était un lieu très vivant, la famille y logeait, de nombreux domestiques y travaillaient, des réceptions et des dîners y étaient organisés » (*). Pour Elsa Ohana, « c’est un peu abusif de parler de « château » puisque c’est une demeure bourgeoise mais ça dit tout l’imaginaire que véhiculait cette demeure patronale » (*). Le nom du Château Verchaüs signifierait « versant chaud » en patois (*). Le site se compose du château, de ses dépendances et de divers terrains comprenant le parc attenant.

L’association le Collectif du Château de Verchaüs a été créée en 2005 par Defakto, Irfan le label, le chapiteau Latcho Drom et les Ogres de Barback. « Il s’agissait d’un arrangement matériel entre ces personnes à la recherche d’un espace et ce lieu privé, en ruine et potentiellement exposé aux squatteurs. Un commodat (*) d’une durée de vingt ans a été signé entre la société Lafarge-Holcim et la Mairie de Viviers, puis une mise à disposition entre la Mairie de Viviers et le Collectif. Comme l’édifice était à ce moment-là à l’abandon, il s’agissait en contrepartie de l’entretenir. À cette période, c’était un lieu dans lequel les membres du Collectif habitaient et produisaient tout en le restaurant. Ce commodat a été soutenant pour le développement et l’émergence de quelque chose – mise à disposition gratuite – mais il ne faut pas négliger l’immensité de ce qui a été fait en matière de réhabilitation. Encore aujourd’hui l’entretien du bâti, avec les charges du personnel, sont les principaux pôles de dépense » (*). Comme l’origine de cette aventure a bientôt vingt ans, la question de l’avenir du Collectif se pose et a déjà été résolue puisqu’un un bail emphytéotique a récemment été signé afin d’aller chercher plus largement des subventions car nombre d’entre elles ne peuvent pas être accordées à une propriété privée. À présent, le Collectif est considéré comme emphytéose c’est à dire « quasi propriétaire » (*). Ces membres pourront donc plus facilement modifier le bâti et s’occuper eux-mêmes de travaux éventuels de réfection. Elsa Ohana a commenté ainsi la situation « C’est une très bonne nouvelle pour la sécurisation de notre avenir et la pérennisation du projet (*) » qu’elle décrit comme « un bel exemple de réinvestissement d’un lieu privé en un lieu d’accueil auto-géré ».

Atelier d’Elsa Ohana, Château de Verchaüs © J. Frechuret

Le Collectif du Château de Verchaüs peut être considéré comme un des plus anciens tiers lieux de France car les ressources sont partagées et qu’il est question de coworking. Depuis 2020, l’association a d’ailleurs intégré le réseau de la Trame 07 qui a pour mission de « favoriser le développement de la dynamique des Tiers-Lieux en Ardèche » (*). Cependant, pour Elsa Ohana, le Collectif s’en distingue aussi. « Même si nous sommes un ensemble de micro-entreprises parce que nous avons tous une activité professionnelle sous un statut entrepreneurial – c’est une des conditions pour résider ici – notre Collectif a comme base juridique une association loi 1901. Nous sommes davantage une friche artistique/une occupation culturelle qu’une pépinière d’entreprises » (*). Le Château de Verchaüs comprend quinze espaces de travail et des lieux de résidence temporaire. Afin d’intégrer le Collectif, une procédure de recrutement est lancée dès qu’un espace se libère par la diffusion d’une annonce. Les entretiens sont indispensables pour Elsa Ohana qui rappelle : « Ici, ce n’est pas simplement de la location d’espace. Il faut avoir envie de rejoindre un collectif et de s’inscrire dans le projet culturel et associatif et d’y consacrer du temps. Ça n’a rien à voir avec le fait de louer un atelier tout seul » (*). Au bout d’une période d’essai de trois mois, la personne renouvelle ou non son envie de rester dans le Collectif et les membres de ce dernier votent son adhésion comme membre permanent.

Être membre permanent du Collectif

Les artistes et les artisans résidant au Château de Verchaüs viennent en général lancer leur activité. La plupart de ces personnes ne sont pas originaires et implantées dans le secteur avant d’intégrer l’association. De fait, la situation géographique de ce Collectif en milieu rural ne semble pas être un frein car le lieu apparaît au contraire comme attractif. Les portraits croisés de deux résidentes, Laure Nicoli, créatrice de parfum et Elsa Ohana, graveuse contemporaine vont nous permettre d’approcher la dynamique de cette structure.
Initialement, Elsa Ohana a une pratique du dessin contemporain. Elle s’est récemment formée de manière très technique à l’art imprimé à l’École Supérieure d’Art et Design de Valence (ESAD) en 2017. « J’essaie d’avoir un langage contemporain avec ce métier d’art ancien puisque je pratique quand même la taille-douce façon XVIe siècle. J’essaie de pousser dans ses retranchements la gravure qui est en règle générale associée à la série et au petit format vers des pratiques plus spatiales. Mes questionnements sont les suivants : À quel endroit la gravure peut-elle devenir in situ ? À quel endroit la gravure devient-elle plus immersive et a-t-elle un impact sur le corps du public ? Autrement dit, comment la gravure devient-elle une expérience davantage qu’une œuvre encadrée face à laquelle nous sommes assis ? » (*). Basée en Ardèche, non loin de Le Teil, l’artiste multipliait les trajets pour effectuer ces tirages. Le hasard a fait qu’au Château de Verchaüs était à ce moment-là installée Justyna, céramiste graveuse, partante pour mutualiser sa presse. De fait, Elsa Ohana m’expliquait « Au moment où j’ai eu besoin de m’équiper, je suis venue m’installer ici, en septembre 2018, grâce à la présence d’une artiste du Collectif. Jusque-là mon atelier était à mon domicile » (*).

Elsa Ohana, graveuse contemporaine, Château de Verchaüs © E. Ohana

Laure Nicoli a pour sa part débuté de manière autodidacte et sans être issue d’une famille de parfumeurs. Pour ce faire, elle a expérimenté toutes les étapes de la chaîne du parfum telles que la cueillette de la rose à Grasse mais aussi la distillation à l’occasion d’un stage. Elle s’est ensuite formée au Royaume-Uni, à la Perfumery Art School mais aussi chez Cinquième Sens à Paris. En mars 2020, Laure Nicoli a créé la maison ENSŌ proposant des créations qui s’articulent autour d’une dimension à la fois éthique et esthétique. Le besoin d’avoir un atelier était devenu une évidence. Cependant, la tâche s’est avérée complexe car il doit répondre à certaines contraintes. « Il me faut deux pièces séparées. J’ai besoin d’une pièce laboratoire dédiée notamment à la production et à la pesée. Comme cette salle sent en permanence, elle doit être munie d’une fenêtre/d’un moyen d’aération. L’autre pièce doit quant à elle être olfactivement neutre pour que je puisse évaluer mes créations. Comme je veux également faire des ateliers, cette seconde pièce doit pouvoir recevoir du public. Je voulais m’installer à la campagne avec d’autres artistes et artisans car je recherchais cette dynamique-là mais aussi la découverte d’autres métiers et pourquoi pas l’opportunité de faire des collaborations. Je n’imaginais pas que ce soit possible dans un seul et même bâtiment. À la base, je cherchais un village labellisé « Ville et Métiers d’Art » comme Pernes-les-Fontaines dans le Vaucluse ou encore Saint-Quentin-la-Poterie dans le Gard. J’ai rejoint le Collectif en mai 2022 suite à une annonce publiée sur le site de la Maison des artistes et il s’agit de ma première expérience de travail au sein d’un espace mutualisé de création artistique pluridisciplinaire » (*).

Laure Nicoli, créatrice de parfum, Château de Verchaüs © A. Fadat

De même, Elsa Ohana insistait sur le fait que « Cette intelligence collective m’est précieuse même s’il y a parfois des confrontations. Comme ce sont des métiers très solitaires, c’est porteur de rejoindre un collectif dans lequel il y a de l’émulation. En revanche, évoluer dans un espace mutualisé au sens d’un open space, c’est impossible pour moi car j’envisage l’atelier tel un endroit privé, relativement protégé. Ici, il y a un équilibre entre un espace personnel et la possibilité, si on le souhaite, de partager des moments de convivialité. Mon installation au Château de Verchaüs correspond au moment où j’ai glissé d’une pratique amateur vers quelque chose de plus structuré avec une forme d’exigence de production. C’est le moment où j’ai créé un statut d’artiste auteur et où c’est devenu un emploi » (*). Intégrer ce Collectif a aussi été un tremplin pour Laure Nicoli dans le sens où « Il n’y avait pas vraiment eu un avant car la pièce laboratoire où j’exerçais était une chambre, certes inutilisée, mais dont les conditions n’étaient pas dignes et décentes pour pouvoir exercer. De fait, ça ne pouvait être que mieux d’avoir un espace dédié à ma pratique. Par ailleurs, mes créations étaient auparavant connues que de mon entourage car je pouvais difficilement créer et donc produire et encore moins traiter la partie emballage. À présent, j’appréhende la présentation de mes créations au public, la rencontre avec ce dernier et donc ses retours » (*)..

Envisageons à présent l’impact qu’a le fait de résider dans un espace mutualisé de création artistique pluridisciplinaire sur une pratique. Pour Elsa Ohana « Les interactions avec les autres sont vraiment stimulantes, elles se situent dans les échanges et dans la façon dont nous sommes solidaires du développement de notre travail dans son économie. Aujourd’hui, la base locale ne m’est plus suffisante comme espace de vente et je dois diffuser et exporter mon travail plus largement. Il n’empêche que lors de ma première année, le fait que le Collectif organise des expositions, ça a créé pour moi des occasions de créations, une forme d’échéance. Puis, en étant plusieurs, nous sommes plus visibles, c’est un lieu qui nous permet de rayonner » (*). Laure Nicoli émet quant à elle l’idée que cette résidence puisse donner une autre dimension à son travail : « Les rencontres avec les membres du Collectif m’apportent d’autres regards sur la création et c’est aussi pour ça que je suis venue. Quand j’ai eu mon entretien, j’avais beaucoup d’idées et d’envies. Dans mon métier, je ne peux pas vraiment faire de démonstration donc je ne peux pas avoir la notion de performance, d’instantanéité. Même si on me regarde peser, on ne peut pas sentir pendant que je pèse et surtout, on ne peut pas sentir ce que je viens de peser puisque ça n’a pas encore macéré. Ce n’est pas représentatif du résultat final. Dans les pratiques plastiques, on voit immédiatement quelque chose alors que dans la mienne, ce n’est pas tangible. C’est à la fois ce que j’aime énormément, c’est étalé sur la durée et en même temps, c’est aussi ce qui me frustre. J’aimerais pouvoir combiner ma spécialité avec des pratiques plastiques et faire partie de ce Collectif pourrait m’en offrir l’opportunité » (*).

Laure Nicoli, créatrice de parfum, Château de Verchaüs © A. Fadat

Partager cette diversité artistique et artisanale

Poursuivons avec les dispositifs en direction du public qui permettent aux artistes et aux artisans de se faire connaître et, dans le même temps, au public de rencontrer des professionnels et des disciplines. À ce sujet, Elsa Ohana m’indiquait : « Dans notre partie de l’Ardèche, il y a peu de lieux d’expositions en dehors de La Galerie du Théâtre de Privas et du Château de Vogüé. Je pense que nous remplissons cette mission pour beaucoup de personnes. En 20 ans, nous sommes devenus un lieu de monstration d’œuvres aux publics et de festivités en milieu rural. En effet, depuis plusieurs années, nous avons régulièrement des évènements en participant aux Journées Européennes des Métiers d’art en avril, en organisant un évènement estival nommé Court Circuit autour des arts vivants, en participant également aux Journées Européennes du Patrimoine en septembre et en organisant un marché des créateurs et des créatrices en décembre pour la période de Noël. Nous organisons aussi des expositions » (*). Notons que pendant la durée de celles-ci, le Collectif met en place des animations car « le croisement entre expositions d’art et spectacle vivant permet de toucher un plus large public. Cette diversité fait du Château de Verchaüs un lieu atypique et source de curiosité pour les visiteurs » (*). À ce propos, qui sont les visiteurs du Château de Verchaüs ? D’après Elsa Ohana, « il y a un public d’amateurs/de personnes averties – même si les collectionneurs sont vraiment à la marge – et un public de curieux. Nous captons ce dernier car nous sommes un espace de proximité dans lequel les personnes ont la possibilité d’entrer dans nos ateliers. C’est moins intimidant de venir nous voir que de pousser la porte d’une galerie d’art. En effet, beaucoup de personnes viennent au Château de Verchaüs comme elles viendraient visiter un monument historique avec cette plus-value qu’elles nous rencontrent ; ça fait de nous des artistes vivants. Progressivement, nous arrivons à fidéliser cette deuxième catégorie de public qui en vient à fréquenter cet espace d’art. Ces personnes deviennent ainsi familières d’un lieu de culture et ça leur donne le sentiment de participer à quelque chose car elles suivent notre aventure ! » (*). J’ai le sentiment que pour le public non initié à l’art contemporain, la présence d’artisans en facilite l’accès car les disciplines cohabitent. Découvrir le travail d’artistes plasticiens de cette manière s’avère probablement plus accessible car certaines personnes ne s’y attendent pas. L’effet de surprise se conjugue à la possibilité d’échanger avec l’artiste ce qui désamorce le côté parfois inaccessible de l’art contemporain.

Châtomino !, 25 juin 2023, Château de Verchaüs © goticaardecana
Châtomino !, 25 juin 2023, Château de Verchaüs © goticaardecana

Si le Collectif organise des évènements, chaque membre peut aussi construire sa propre programmation et ainsi nouer des liens avec le public à partir et autour de sa pratique. À ce propos, pour Laure Nicoli, ce ne sont pas tant les évènements pendant lesquels elle vend ses créations qui impactent sa pratique car elle les décrit comme des échanges rapides même si elle raconte son parcours. C’est davantage lors des ateliers qu’elle mène au Château qu’ont lieu des échanges plus profonds avec le public. Elle propose des séances de rééducation olfactive pour les personnes atteintes d’anosmie partielle ou totale mais aussi des accompagnements pour créer son propre parfum en plusieurs séances. Elle a également conçu un format court intitulé « goûter olfactif » qui mêle olfaction et dégustation. Elle les envisage comme « des voyages à la (re)découverte de ses sens (en particulier l’odorat) lors d’un moment de partage. Une approche ludique qui vise à affiner ses sens et développer un langage autour de ces perceptions » (*). Celui nommé « English afternoon » propose un cream tea, autrement dit un goûter anglais suivi d’une olfaction des arômes découverts lors de la dégustation. Ce type d’atelier immersif ne requiert pas de connaissance préalable dans le domaine du parfum et s’adresse donc à tous. Il s’agit d’une expérience inédite autour des odeurs et qui dans son déroulé rappelle les dégustations de vin ou encore de café. Laure Nicoli répond aux demandes spécifiques en concevant des ateliers sur mesure. Elle apprécie de transmettre ses acquis, de les expliquer et de répondre aux questions des participants. Ainsi, elle revient sur certaines choses tout en développant des idées. « Par exemple, traiter de la notion d’accord en parfumerie pour répondre à une demande a été une expérience très enrichissante. Je suis allée plus loin que mes propositions habituelles car il y avait l’idée de créer. En principe, mes propositions présentent les gammes en parfumerie, c’est-à-dire apprendre à se servir de son nez en sentant les ingrédients de façon individuelle. Il s’agit de comprendre l’individuel avant de passer à l’assemblage sachant qu’un accord c’est minimum deux ingrédients avec lesquels on peut déjà faire quelque chose d’harmonieux. Cependant : Qu’est-ce que l’harmonie ? Qu’est-ce que la dissonance ? Comment sait-on qu’un accord est beau ? Devoir transmettre ces notions-là m’a permis de les questionner à nouveau. Je pense que c’est vraiment la rencontre avec le public qui m’a le plus fait mûrir depuis mon installation ici » (*).
De même, Elsa Ohana rappelait que « Ces rencontres avec le public sont nécessaires. Si on souhaite créer du lien avec le public local, on ne peut pas être retranché dans notre château et ne jamais l’ouvrir ! Par ailleurs, je suis persuadée qu’une œuvre existe quand elle est regardée. Tant qu’elle n’est pas vue, ça reste une image que j’ai. C’est dans la réception et les questionnements qu’elle suscite qu’il se passe quelque chose. Ces retours-là me sont souvent précieux. Même s’ils n’impactent pas directement ma création, ils n’en sont pas moins enrichissants » (*).

Atelier de Laure Nicoli, Château de Verchaüs © A. Fadat

Demain… le Collectif du Château de Verchaüs

Cet espace consacré à l’art, aux métiers d’art et au spectacle vivant à Viviers est un exemple d’action culturelle en territoire rural. La proximité avec le public est recherchée par les membres du Collectif afin de conjointement développer leur activité et sensibiliser la population locale. « Ce qui est singulier ici, c’est la présence de ces trois domaines. Dans la Drôme, le lieu de création Le Quai à Pont-de-Barret mais aussi le tiers-lieu L’Usine à Poët-Laval, disposant d’un hall d’exposition, sont tournés vers les pratiques plastiques. Au Château de Verchaüs, cette hybridité et ce croisement de pratiques interdisciplinaires fait notre force et parfois notre vulnérabilité car nous n’avons pas les mêmes enjeux de monstration. De fait, ce n’est pas toujours simple pour notre visibilité » (*). Dans cette veine, Laure Nicoli soulève une autre problématique : « Régulièrement, des résidents quittent le Collectif et d’autres l’intègrent ce qui apporte chaque fois de la nouveauté. C’est à la fois très intéressant car il y a constamment des pratiques à découvrir et des personnes à rencontrer mais également complexe car ça nous donne moins de stabilité, notamment en termes de communication » (*). Lors de notre échange, Laure Nicoli constatait également : « On rencontre beaucoup de difficultés à maintenir le lieu dans un état décent car la rénovation et l’entretien sont très compliqués et demandent un investissement de la part de chaque membre. Après plus d’un an, je ressens quand même le poids des charges collectives qui peuvent mettre un frein dans les projets artistiques individuels. Je pense que si on avait l’occasion de déléguer et d’être soulagé de ce poids-là, nous pourrions peut-être développer d’autres facettes » (*). Il pourrait s’agir d’augmenter les actions en direction du public avec un volet destiné aux scolaires. Cet élément fait partie des perspectives formulées par le Collectif lors de demandes de subventions : « Développer des actions d’Éducation Artistique et Culturelle (EAC), les artistes résidents souhaitent partager, transmettre leurs savoir-faire » (*). Pour l’heure, « Ces actions sont ponctuelles et portées individuellement par les membres du Collectif. L’association a pour projet de développer cet axe et de le viabiliser économiquement » (*). Elsa Ohana mentionnait avoir par exemple reçu dans son atelier des élèves du Teil mais aussi des centres socio-culturels.

Le Collectif du Château de Verchaüs illustre la compatibilité possible entre un lieu patrimonial et des pratiques artistiques et artisanales actuelles. En investissant cette demeure du 19e siècle, ce Collectif lui permet d’avoir une seconde vie car il contribue à son entretien et à sa restauration. Pour les artistes et les artisans en résidence, c’est un cadre atypique de travail où la création contemporaine s’expose et s’exprime dans un édifice historique.