
Église Saint-Dominique (détail), Nîmes, photo David Maugendre © Inventaire général région Occitanie
Dès les années 1950, se développent en périphérie des villes, de nouveaux quartiers qui nécessitent alors la construction de lieux de culte. C’est dans ce contexte des Trente Glorieuses que trois églises, à Clermont-Ferrand, Nîmes et Valence offrent des espaces intérieurs dont on ne peut être que frappé par la similitude. Si leur puissante architecture inscrite dans le mouvement moderne s’impose, les parois alliant béton, lumière pointilliste et colorée sont leur signature.
A la limite du vitrail, le verre se libère ici du plomb traditionnel ou du sertissage en béton et se soumet à l’architecture pour, avec les éléments en béton, devenir voiles.
Se pose alors la question des liens entre ces églises et entre leurs architectes.
Auteure :
Chantal Burgard
Quelques années après la construction en 1956 de l’église Sainte-Catherine Labouré à Valence, œuvre de l’architecte Michel Joulie (1915-2014), sont édifiées les églises Saint-Jean-Marie-Vianney à Clermont-Ferrand en 1962 et Saint-Dominique en 1964 à Nîmes (inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 2002). Ces deux dernières sont l’œuvre de l’architecte nîmois Joseph Massota (1925-1989), qui fut assistant de l’architecte Albéric Aubert (1895-1971) pour celle de Clermont-Ferrand.
L’église Saint-Jean-Marie-Vianney à Clermont-Ferrand
L’église Saint-Jean-Marie-Vianney est construite entre 1961 et 1962 dans le quartier de Vallières alors en pleine expansion. Le projet est confié à Albéric Aubert (*), assisté de l’architecte Joseph Massota. Ils conçoivent en fonction d’un budget serré, « une église très dépouillée et simple, à l’image de Jean-Marie Vianney, le Saint Curé d’Ars, à qui elle est dédiée. »
L’église se signale dans le quartier avec son clocher de 28 m de haut. Constitué de deux fines lames en béton, il est surmonté d’une simple croix en fer. Sa nef est un vaste volume orthogonal de 30mx16m, sans point d’appui grâce à son plafond à caissons.
Une résille formée par « une alternance de poutres horizontales et de parpaings de béton posés en boutisse » et de 1860 dalles de verre coloré « en cul de bouteille » offre une lumière vibrante et colorée.
L’église Saint-Dominique à Nîmes
A la demande du père Benoît il fallait « construire vite et à peu de frais ». La première pierre posée le 25 septembre 1963, est un unique bloc préfabriqué en forme d’amande : « vraie » pierre d’un édifice de béton et de verre. Elle est enchâssée au bas d’un mur, au rez-de-chaussée de l’église Saint-Dominique »
Dans le cadre des travaux de rénovation de l’église menés en 2016-2018 par l’architecte Eric Grenier, l’Atelier Thomas Vitraux de Valence a restauré les verres soufflés et remplacé les anciens joints en béton qui contenaient de l’amiante .
Quels liens entre ces églises et entre leurs architectes, quelles furent leurs influences ?
Les revues ont eu aussi une grande part dans la diffusion d’expressions architecturales liées au mouvement moderne concernant la construction d’églises telles Architecture d’Aujourd’hui (*) et surtout la revue Art sacré qui a engagé depuis 1935 jusqu’en 1969 des débats sur tous les aspects concrets de la liturgie, l’architecture, le mobilier…
Les architectes Michel Joulie, Albéric Aubert et Joseph Massota venaient de régions différentes mais ils ont tous trois fait leurs études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Quelle part, dans la conception de ces trois églises, a joué leur formation, leur expérience, voire leur amitié ?
Michel Joulie, né en 1915 à Chabeuil (Drôme) où il est décédé en 2014, a commencé ses études d’architecture à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris en 1936 et a été diplômé en 1946. Car, auparavant, il a été prisonnier de guerre entre 1940 et 1945 où il a connu l’architecte Henry Bernard (1912-1994) (*) avec qui il est resté lié. Il est dans les ateliers de Paul Bigot (1870-1942) puis plus tard ceux d’Auguste Perret (1874-1954) et André Remondet (1908-1998). Fils de l’architecte Henri Joulie (1877-1969), il s’associe avec lui en 1949.
(*4) « Admis en juin 1931 à l’École des beaux-arts de Paris, il y suit l’enseignement de Paul Bigot et sera lauréat du Grand Prix de Rome en 1938. Les premiers temps de sa carrière, il fait «la place» chez son maître Paul Bigot dont il recueillera l’héritage spirituel (il organisera le transfert de la monumentale maquette de Rome du «maître» à l’université de Caen et déposera ses archives à l’Académie d’architecture. Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier en mai 1940. Lors de sa longue captivité, il fonde à Stablack (Prusse orientale), un atelier d’architecture, qu’il dirige jusqu’à sa libération en novembre 1943. Beaucoup de projets et de réflexions sont nées de cet atelier » (Source : notice du site AGORHA).
Les architectes Joseph Massota et Albéric Aubert (*) ainsi que Michel Joulie ont tous trois fait leurs études d’architecture à l’école des Beaux-Arts de Paris dans les ateliers de Paul Bigot et celui d’Auguste Perret. La présence tutélaire d’Auguste Perret qui y fut enseignant jusqu’à sa mort en 1954, ne pouvait-il pas que marquer ses élèves ?
Comment ne pas faire le lien entre ses œuvres majeures, l’église Notre-Dame de la Consolation au Raincy construite en 1923 (classée Monument Historique en 1966) et l’église Saint-Joseph, édifice emblématique de la reconstruction du Havre, construite de 1951-1957, classée Monument Historique en 2018 (*) ? Edifices dont les structures en béton s’effacent afin que la résille de vitraux illumine les nefs.
La période de la Reconstruction a particulièrement favorisé l’édification de nouveaux lieux de culte associant béton et dalles de verre coloré.
Construite sur un plan elliptique, l’église associe voiles de béton et 4500 dalles de verre coloré dues au peintre-verrier Jean Edelmann.
Sources :
Pascal Charrier « Nîmes, l’histoire de la construction de l’église Saint-Dominique », La Croix.
Joseph Massota (1925-1989), architecte de la modernité, Conférence d’Anne-Marie Llanta
et Claire Champetier, mise en ligne le 2 oct. 2014.
Jean-Louis Vayssettes, « L’église Saint-Joseph au Havre », Architecture 50, de la reconstruction aux années 1950.
Remerciements à Christel Carrion et Martine Sadion pour leur attention amicale sur le thème des vitraux
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Le vitrail moderne et contemporain dans la Drôme












