2026 © Danielle Blanc

Le chantier du pont du tram à Saint-Laurent-en-Royans a démarré en septembre 2025 et peut être considéré comme une opération de restauration exemplaire de par la décision de sauvegarder et de restaurer le pont, les choix techniques, les outils de sensibilisation. Cet exemple permet d’évoquer le cheminement et le processus de décision alors que la préservation du pont n’était pas acquise depuis sa fermeture en 2017 : « comment et par qui cette décision a-t-elle été prise ? ». Une manière de donner de l’espoir aux citoyens opposés aux démolitions de constructions qui ne font pas partie des monuments historiques protégés mais qui appartiennent à la mémoire d’un territoire.

Si en 2026 le parti de conserver et de restaurer le pont paraît évident, ce n’était pas le cas en 2021 où il était question de le démolir, de le supprimer totalement ou de le remplacer par une passerelle himalayenne très en vogue mais réservée qu’aux piétons.

Depuis sa fermeture en 2017, les collectivités s’interrogeaient sur le devenir du pont du tram ou du Cholet (rivière coulant sous le pont) comme on l’évoquait dans l’article « Quel avenir pour le pont du Cholet ? » dans la revue numérique QUI+EST en avril 2021. Il présente son intérêt patrimonial et environnemental et rappelle le point de vue des célèbres architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal : « La démolition est une décision de facilité et de court terme ».

L’exemple de la sauvegarde du pont est intéressant à plusieurs égards et mérite de rappeler brièvement les phases.

– La mobilisation des citoyens

Tout d’abord il y a la mobilisation du collectif de défense du pont regroupant des habitants du territoire du Royans, notamment de Saint-Laurent-en-Royans ; elle a permis de faire part de l’intérêt patrimonial de ce pont sur le plan historique et technique, social et symbolique, et aussi de l’importance du lien entre les deux communes, Saint-Jean-en-Royans et Saint-Laurent-en-Royans, et de son usage quotidien. Plusieurs actions d’informations ont été conduites auprès des publics comme l’intervention sur site au cours des Journées Européennes du Patrimoine en 2021 consacrées au patrimoine ferroviaire.

– La connaissance comme base de la mobilisation

Avant la phase de mobilisation et pendant, la mémoire des habitants, la documentation historique et photographique, l’analyse et les différents points de vue jouent un rôle primordial. Les études et les publications posent les bases de la connaissance comme celle de Danielle Blanc-Bérard et Christian Maurel « Le pont du tram. Au seuil de Combe Laval » en 2019 ou celle de la Revue drômoise « Histoire de ponts », en 2020 (n° 575). L’analyse de l’ingénieur Pierre Trouillet complète la connaissance sur le plan technique et sur l’état de l’ouvrage avec un vocabulaire précis et a offert un point de vue indépendant de toute pression politique.

Chantier du Pont du tram, Saint-Laurent-en-Royans, 2026 © Danielle Blanc

– La décision politique

Le pont appartient au Département de la Drôme qui est responsable de son entretien. Avec les autres collectivités locales (communauté de communes du Royans-Vercors, communes de Saint-Laurent-en Royans et de Saint-Jean-en-Royans), il s’interrogeait sur son devenir, sur le financement des travaux, la faisabilité technique et l’intérêt politique, alors que la « restauration du pont s’inscrirait totalement dans les orientations du Département de la Drôme : Développement durable, aménagements ʺraisonnésʺ et respectueux de ses patrimoines » comme le rappelait l’article « Quel avenir pour le pont du Cholet ? » .
C’est grâce au programme des « Sublimes routes du Vercors » conduit par le Département que la préservation du pont et le financement ont été possibles. Contesté par les habitants du Vercors, ce projet privilégiait l’attractivité touristique et non l’habitabilité d’un territoire, la circulation automobile et non la mobilité douce. D’où l’abandon de certains projets et la réorientation sur des opérations plus en adéquation avec les défis environnementaux actuels.

Ainsi la décision a été prise de restaurer le pont et de consacrer un budget de 2.14 millions € financés par le Département de la Drôme, la Région Auvergne-Rhône-Alpes et l’État via le Fonds national d’aménagement et de développement du territoire (FNADT) et le Contrat de plan État-Région 2021-2027 (CPER).

Le chantier en cours s’appuie sur des techniques traditionnelles et des entreprises de qualité comme le montre l’exposition virtuelle proposée par le Département de la Drôme qui présente d’une part « L’histoire d’un patrimoine », d’autre part « Les travaux de réaménagement ».

Le pont devrait rouvrir fin 2026 pour les piétons, les cyclistes et les cavaliers.

Chantier du Pont du tram, Saint-Laurent-en-Royans, 2026 © Danielle Blanc

« Faire de la transformation de l’existant une priorité des politiques publiques et un véritable projet de territoire » est l’ambition du « Manifeste pour la réhabilitation » porté à l’échelle nationale par le Conseil national et l’ensemble des Conseils régionaux de l’Ordre des architectes. Cette ambition rejoint celle des habitants d’un territoire, sensibles à leur patrimoine, à la transition écologique et à l’amélioration du cadre de vie. Aujourd’hui elle apparaît de plus en plus comme un défi à relever par tous les acteurs de la construction (élus, aménageurs, promoteurs, entreprises…) et un engagement collectif.

Le pont du tram à Saint-Laurent-en-Royans…

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Par |2026-10-07T16:05:30+02:0007/10/2026|histoire mémoire, patrimoine|
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